En 2024, le nombre de dossiers déposés auprès de la commission de surendettement du département du Gers s’élevait à 409, soit une progression de 8,5 % par rapport à 2023 où 377 dossiers avaient été déposés. Comment l'expliquer ? Réponse d'Aude Ayroles, directrice départementale du Gers Banque de France à Auch.
Une hausse du nombre de dossiers de surendettement est à déplorer dans le Gers. Comment l'expliquer ?
Cette hausse fait suite à une première augmentation de 20% constatée en 2023. Pour remettre ces chiffres dans leur contexte, depuis 2019 qui était notre dernier point bas depuis une dizaine d'années, nous n'avions pas de reprise du nombre de dossiers de surendettement depuis la période pandémique. C'est seulement en mai 2023 qu'on commence à enregistrer un rebond. Ça s’explique notamment parce que des familles, qui ont accumulé des difficultés, n’avaient pas déposé de dossier pendant la période pandémique.
On constate aussi une légère augmentation des effacements de dettes par dossier en 2024 dans le département.
Le montant moyen d'effacement de dettes est plutôt en augmentation dans le Gers. Là encore, il faut prendre un petit peu de recul par rapport à ces statistiques, parce qu'on était à 25 129 euros de montant effacé moyen par dossier dans le Gers en 2024 contre 20 281 euros en Occitanie et 19 728 en France métropolitaine. C'est un petit peu supérieur à la moyenne régionale et aux chiffres qu'on avait présentés l'année dernière. On a eu plus de dossiers, mais on reste une commission avec un nombre assez limité. Donc, il n'est pas impossible qu'il y ait eu soit des dossiers atypiques, soit des dossiers avec des difficultés qui avaient été accumulées peut-être depuis quelque temps, qui ont été présentés entre fin 2023-début 2024 et qui ont été effacés dans le courant de l'année.
Quelles ont été les conséquences de l'inflation sur le pouvoir d'achat des ménages gersois ?
Notre mesure du pouvoir d'achat montre qu'il a été relativement stable sur les dernières années. Pour autant, cette stabilité a été plutôt alimentée, en fonction des années, soit par des revenus tirés du capital, soit par des revenus tirés du travail. Or, dans le cadre de la procédure de surendettement, l'une des caractéristiques des familles surendettées est qu'elles sont souvent éloignées du travail, soit par le chômage, soit par des difficultés d'accès à l'emploi par des niveaux de qualification qui ne permettent pas d'y accéder facilement. Dans le Gers, il y a des freins pour accéder à l'emploi, expliqué notamment par le problème de mobilité. Et on constate, dans les demandes qu'on reçoit, que ce soit dans les dossiers de surendettement ou les autorisations en matière de souscription de microcrédits, qu'une voiture, par exemple, engendre des coûts importants entre l'entretien, le carburant, l'assurance. Cela vient peser sur des budgets assez modestes.
Une spécificité se dégage dans le Gers : 37,9% sont des dettes immobilières.
C'est une des particularités de la commission du Gers parce qu'on a un taux de propriétaires fonciers dans le département qui est plus important qu'au niveau national, et on a une proportion de ménages propriétaires en situation de surendettement qui est de facto plus importante qu'au niveau régional et au niveau national. Donc oui, l'immobilier est une question importante pour le Gers.
Il existe un contraste assez marquant entre la partie nord de la France qui est plus endettée que la moitié sud. Comment expliquer cette différence ?
On peut retrouver une carte assez similaire avec les taux de chômage départementaux, elles se superposent relativement bien. Vous verrez qu'en fait, là où il y a le taux de chômage le plus important, en général, il y a une incidence de dossiers de surendettement plus importante parmi la population du département.
Quel est le profil type de la famille surendettée dans le département du Gers ?
Je n'aime pas parler de profil parce qu'en fait, la procédure de surendettement, c'est un outil destiné à tous les particuliers qui ont des difficultés à faire face à leurs échéances. Au-delà d'un profil type, on peut dégager quelques caractéristiques qui reviennent plus fréquemment dans les dossiers de surendettement, parmi la population des ménages surendettés, par rapport à la population totale. On a plus souvent des femmes, beaucoup plus fréquemment des familles monoparentales ou des personnes qui vivent seules. Soit parce qu'elles sont célibataires, soit parce qu'elles ont connu un accident de vie, un veuvage, une séparation. La part d'employés, d'ouvriers et de personnes sans activité professionnelle est de quasiment 70% parmi les familles surendettées.
Est-ce qu'on peut donner une tendance pour 2025 ?
Si on regarde tout simplement les dernières augmentations, on va dire que c'est peut-être en phase de ralentissement. Après, je n'ai pas de boule de cristal. Pour autant, avec le recul de l'inflation, les choses pourraient se détendre pour les ménages à revenus plus modestes. Le bémol, ça va être la question de l'emploi. On ne prévoit pas dans nos prévisions de remontée du chômage à des taux d'environ 10% comme on l'a connu par le passé. Pour autant, on prévoit une légère remontée du chômage. Donc, il faudrait voir quel impact ça pourrait avoir pour les ménages à revenus modestes.
N.M