L’association Sauvegarde Berrac a décidé de se pourvoir en cassation devant le Conseil d’État après la décision rendue par la cour administrative d’appel de Bordeaux. En décembre dernier, l'instance a validé le projet de centrale photovoltaïque prévue dans cette commune de Lomagne, rejetant l'avis du rapporteur public.
À Berrac, la décision de la cour administrative d'appel de Bordeaux a fait l'effet d'une « douche froide » pour les partisans de l'association Sauvegarde Berrac. Déboutés dans leur demande, ils ont décidé se pourvoir en cassation devant le Conseil d’État pour tenter de désamorcer le projet de centrale photovoltaïque qui se dessine dans ce village de Lomagne. Un parmi d'autres, dans le Gers.
Celui de Berrac, imaginé par la société parisienne Neoen, s'étalerait sur trente hectares. Difficile de passer outre si vous deviez vous rendre dans cette commune -fief de l'actrice Julie Gayet- puisque la route principale menant au bourg serait transformée en un « corridor grillagé » selon ses principaux détracteurs. « C'est la mort du village. On verra des clôtures de 2 mètres et des panneaux de 3 mètres 50 de haut qui borderaient cette route de crête » assure Michel Wodon, président de l’association Sauvegarde Berrac.
Michel Wodon, président de l'association Sauvegarde Berrac
« Par son avis, le rapporteur public de la Cour d’Appel de Bordeaux confirme ce que nous défendons depuis le départ, à savoir que ce projet chimérique de cultures invraisemblables sous les panneaux n’est qu’un alibi pour l’installation d’une centrale photovoltaïque à l’entrée du village. La décision de la Cour d’Appel de Bordeaux est donc pour le moins déconcertante, car alors que dans 85 % des cas les juges suivent l’avis de leur collègue rapporteur, ils ont ici validé un projet agricole qui a pourtant reçu un avis défavorable de la Chambre d’Agriculture du Gers. C’est abracadabrant, à n’y rien comprendre ! ».
Selon l'association de défense de l'environnement des Amis de la Terre 32, on comptabiliserait dans le Gers pas moins de « 150 projets photovoltaïques sur des terres agricoles identifiés à ce jour, la quasi-totalité est poussée par des multinationales étrangères ou des sociétés parisiennes »... « Les hectares sont gersois, c’est ici que le soleil brille et que l’électricité est produite, mais toute la valeur ajoutée part à Paris ou à l’étranger. »
« Le pot de terre contre le pot de fer »
Comme à Masseube où un centre de tri doit sortir de terre dans un futur proche, le manque de concertation avec les riverains a de quoi agacer les principaux intéressés qui, selon les dires de Michel Wodon, n'ont jamais été sondés. « Tous ces projets avancent masqués puisque ceux qui les envisagent ont peur de la concertation, c'est un état de fait qu'on déplore ». À Berrac, le projet de centrale photovoltaïque a passé le stade de la rumeur à l'officialisation, quelques jours seulement avant le lancement d'une enquête publique. « On nous impose des décisions auxquelles on n'a pas pu prendre part, c'est un véritable scandale. C'est le pot de fer contre le pot de terre dans un vrai déni de démocratie où seuls les tribunaux peuvent modifier ce rapport de force. »
Les requêtes de l'association devant le Conseil d’État doivent être introduites le 10 février 2025, après deux ans de bataille judiciaire. Si elles venaient à être acceptées, il faudrait compter trois à six mois avant d'obtenir une décision. Un énième marathon judiciaire pour l'association Sauvegarde Berrac dans lequel elle entend « bien s'inscrire ».
N.M