Face aux méga-feux qui frappent l'Amazonie depuis trois mois -plusieurs centaines de milliers d'hectares sont partis en fumée- les secours internationaux affluent pour limiter au mieux la catastrophe écologique qui se joue outre-Atlantique. Parmi eux, le colonel Jean-Louis Ferres du SDIS 32, hébergé dans un camp militaire de San Ignacio avec l'infirmière-capitaine Marielle Duclos. Il raconte.
Vous êtes dans une région boisée de la Bolivie aux portes de l'Amazonie. C'est ce qui complique la tâche des secours ?
Ça rend la chose difficile puisque que la propagation des flammes se fait plus rapidement, il n'y a pas d’accès terrestre et les seuls moyens d’investigation, c'est l'avion et l'hélicoptère. Sur la dernière reconnaissance de feu à la frontière avec le Brésil, l'aller-retour en avion prend quatre heures de vol, donc tout se fait à des distances significatives.
L'ampleur des feux, vous aviez déjà vu ça par le passé ?
Oui. J'ai vu ça en Argentine, au Pérou ou encore au Chili. Ce qui est très manifeste, c'est l'évolution liée au changement climatique et la déforestation intense qui s'installe en Amazonie. C'est une forêt pourtant humide d'habitude.
Il faut voir de ses yeux ces méga-feux pour comprendre l'urgence climatique qui se dessine à travers le monde ?
C'est déjà tangible à l'échelle de notre pays. Il faut se rappeler l'été 2022 dans le Gers où on a vu des surfaces partir en fumée de façon assez notable. Le sud de l'Europe est déjà en proie aux méga-feux l'été et le nord de l’Europe, qui n'avait pas encore connu de feux de foret, en connaissent aujourd'hui. En Bolivie où je me trouve, c'est la dimension qui nous fait comprendre la catastrophe écologique, on la prend de plein fouet.
Depuis une semaine, vous opérez sur quel type d'intervention ?
On a pratiqué sur le terrain avec nos collègues boliviens des techniques de feu tactique et spécifiques à la France, avec du matériel spécialisé. On fait des reconnaissances aériennes pour voir ce qui est exploitable pour nous. Entre la faune sauvage et les zones investies par les narcotrafiquants, c'est dur de trouver une possibilité opérationnelle. Certains feux ne seront éteints que par la nature, nous, on se cantonne aux zones proches des maisons avec des accès terrestres. Le pire est derrière nous en matière d'intensité, c'est une fin d’épisode de sécheresse, comme un mois d'octobre en France. Mais il faudra quand même de grosses précipitations pour solder tout ça.
Précision : Le retour du colonel Jean-Louis Ferres et de Marielle Duclos devrait intervenir a minima le 15 décembre en France.
N.M