"One Voice" attaque en justice plusieurs arrêtés de la préfecture du Gers, 660 renards menacés

L'association de défense des animaux One Voice annonce attaquer en justice plusieurs arrêtés de la préfecture du Gers. Quatre lieutenants de louveterie ont jusqu’en décembre 2025 pour « tuer 660 renards au nom d’une pseudo-étude visant à mieux connaître leur alimentation » dénonce Muriel Arnal, la présidente de One Voice.

 

Vous avez décidé de vous attaquer à plusieurs arrêtés de la préfecture du Gers. Expliquez-nous.

Le préfet du Gers a pris quatre arrêtés au milieu du mois de février et qui vont courir jusqu'à la fin de l'année pour que quatre lieutenants de louveterie tuent des renards dans le Gers, parce que considérés comme nuisibles. Leurs dépouilles seraient analysées pour voir ce qu'ils mangent. Mais c'est un non-sens complet dans la mesure où on connaît déjà leur alimentation depuis longtemps. Ils sont déjà tués toute l'année et ce même préfet a décidé que l'espèce devait rester nuisible, en clair une espèce susceptible d'occasionner des dégâts. Il est déjà prouvé que le renard est utile pour la biodiversité et l'écosystème, il permet d'éviter notamment l'usage des pesticides et mange des rongeurs.

Le renard est une espèce déjà menacée en France ?

Il y a déjà des dizaines de milliers de renards massacrés en France chaque année. Le renard est un concurrent direct du chasseur, il y a une certaine pression qui est faite sur la préfecture pour qu'on le persécute davantage.

 

Vous serez devant le tribunal administratif de Pau mardi prochain pour obtenir leur suspension en urgence.

Et nous espérons que ces arrêtés seront suspendus et que nous serons entendus. C'est un émerveillement de croiser un renard pour les enfants. On ne comprend pas leur persécution, si ce n'est le lobby de la chasse et la pression de l’agriculture industrielle. Si on peut sauver ces 600 renards, ce sera déjà ça.

 

660, le chiffre peut paraître énorme pour une période qui s'étalera sur moins d'un an.

On n'a jamais vu une telle opération, surtout quand on ne comprend pas l'objectif. On espère que le préfet entendra notre revendication et qu'il cesse de classer ces animaux comme nuisibles. Je le répète : ils sont utiles à la nature et à la biodiversité.

 

70 communes seraient concernées dans le Gers. Vous dites que toutes les méthodes peuvent être utilisées, de jour comme de nuit.

Les renards nuisibles peuvent être écrasés par une voiture, tués par des arcs, des pièges, traqués de jour comme de nuit avec des lampes pour les débusquer. Même quand les renardeaux sont allaités par leurs mères. Ce sont les cousins de nos chiens, rappelons-le, des animaux très familiers. Il n'y a plus aucune raison scientifique de continuer à les chasser, la rage a été éradiquée il y a de nombreuses années.

 

Vous avez lancé plusieurs pétitions également.

Il y a plusieurs années et elles rencontrent un franc soutien. Il faut prendre le mal à la racine, tous les animaux sont utiles à la nature et on doit cohabiter avec eux. La nature est bien faite et il n'y a jamais de surpopulation de renards. Ce sont des animaux qui s'autorégulent et c'est même une aide pour les agriculteurs. Ils aiment les avoir dans leur champ, ça évite pour eux d'utiliser des pesticides.

 Le rendez-vous fixé devant le tribunal administratif de Pau est prévu à 14h30 ce mardi.

Par voie de communiqué, la préfecture du Gers a tenu à réagir aux propos de l'association One Voice : 

Le renard est un auxiliaire de régulation des rongeurs, mais il peut également impacter la filière avicole. À ce jour, c’est dans le département du Gers une espèce chassable et classée comme espèce susceptible d’occasionner des dégâts (ESOD) par l’arrêté ministériel du 3 août 2023. Suite à des commissions spécifiques qui se sont tenues fin 2022 avec les partenaires locaux (chasseurs, agriculteurs, association de protection de l’environnement et services de l’État) sous l’égide du Préfet, les acteurs du territoire se sont accordés sur la nécessite de disposer de données scientifiques et locales sur l’impact réel du renard sur l’activité agricole du département, mais aussi sur l’environnement au sens large, d’où la mise en place d’une étude expérimentale. L’objectif de cette étude est de prélever des individus sur tout le département et à plusieurs périodes de l’année, afin de pouvoir étudier leur contenu stomacal et leur régime alimentaire (proportion végétaux, mammifères, volailles…). Les chiffres de prélèvements indiqués dans les arrêtés préfectoraux étaient des maximums par zone, mais en réalité, c’est un maximum de 110 renards prélevés qui est prévu à l’analyse en lien avec Public Labos sur les 18 mois de cette étude expérimentale. Cette action a été confiée à des lieutenants de louveterie, afin de respecter les règles de prélèvements nécessaires aux analyses en laboratoire.

N.M