La confiance semble être rompue entre les policiers et le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. Les dernières annonces du "premier flic de France" sur l’abandon de la technique de la clé d’étranglement a fait bondir les syndicats de police qui ont entamé des actions depuis ce matin, notamment à Paris. Au commissariat d'Auch, l'intersyndicale USGP-FO du Gers et Alliance Police Nationale se sent "lâchée" par le ministre de l'Intérieur. Selon Laurent Lussan, secrétaire départemental du syndicat Alliance, Christophe Castaner n'a pas affiché son soutien aux forces de l'ordre à travers son allocution. "Au lieu de soutenir ses troupes, il les enterre, il se désolidarise de notre corps, presque en nous jettant la pierre et les collègues l'ont mauvaise. A voir si les actions d'aujourd'hui vont faire bouger les choses, si les discussions reprennent". L'alternative à la clé de bras, c'est le "Taser". Un pistolet à impulsion électrique que le ministre de l'Intérieur entend développer, mais qui parait difficilement applicable selon Laurent Lussan. "C'est une alternative mais il faut des moyens, de l'investissement, des formations. Pour les caméras-piéton c'est pareil, une fois chargées, il y a deux ou trois heures maximum de visio, il faut retourner au poste la charger ensuite. Il y a un manque de moyens évident". Kévin Payet, secrétaire départemental USGP-FO du Gers, espère lui aussi une marche arrière du ministre et conserver la technique de la clé de bras, enseignée en école de police. "Le Taser c'est bien, mais ça représente un coût énorme et des formations longues pour savoir l'utiliser. En plus, il ne faut pas viser une personne qui souffre de problèmes cardiaques sinon c'est très risqué pour sa santé. La personne peut aussi tomber sur un trottoir et se faire très mal. Bref, ça me parait compliqué". Sur fond de colère contre les violences policières et le racisme, la tension est montée d'un cran après la mort de Georges Floyd aux Etats-Unis, tué lors d'une interpellation pas un policier blanc. Selon Kévin Payet toujours, "on transpose un problème américain à un problème francais. Là-bas on a une délinquance différente et une autre législation avec le port, l'utilisation, la vente, la circulation des armes. Un seul policier par véhicule, ils sont surarmés, nous on est trois minimum par voiture mais beaucoup moins armés. On ne joue absolument pas dans la même cour".
"Pas d'interventions dangereuses"
Aujourd'hui à Auch, les interventions vont être différentes : "on a pas déposé les armes, nous continuons les interventions. Mais par contre, pour ne plus risquer l'intégrité physique des fonctionnaires, nous ne procédons plus à des interpellations qui peuvent être dangereuses ou qui peuvent nuire au fonctionnaire. Si un individu présente attitude hostile, on fera désormais appel à un officier de police judiciaire de façon à ce que eux trouvent une solution". "Ce sera à l'interprétation de chacun, ce n'est pas dit que certains collègues n'interviennent pas si une chose grave devait se passer" nous confie une autre source policière. Christophe Castaner a en tous cas évoqué l'idée jeudi, de maintenir la clé d'étranglement respiratoire et non la clé d'étranglement sanguin comme technique d'intervention des policiers. Kévin Payet espère une marche arrière du ministre de l'Intérieur. "S'il revient sur ses propos il se désavoue au niveau de l'opinion publique et de ses troupes, il faut trouver une solution pérenne, et faire marche arrière. La clé de bras doit être maintenue et on doit pouvoir maîtriser une personne de façon sécuritaire, c'est logique. C'est pas dans un bureau qu'on doit penser, ce sont les flics de terrain qui agissent et qui réagissent. C'est l'achat de la tranquillité sociale et malheureusement ça ne paie pas forcément".