Semaine chargée pour l'hydrogène dans le Gers. Jeudi 25, un symposium scientifique sur l'atome le plus abondant de l'Univers sera organisé à Fleurance, à l'initiative de l'astrophysicien Michel Cassé, avant une journée dédiée à ses applications pratiques et économiques vendredi 26 à l'aéroport d'Auch, sous le « parrainage » de la Chambre de Commerce et de l'Industrie du Gers.
Niveau applications pratiques, c'est un atome qui n'a pas forcément bonne presse. Utilisé pour permettre aux dirigeables de connaître leur heure de gloire au début du siècle dernier, sa propriété inflammable au contact de l'oxygène a précipité la chute de ces éphémères géants des ciels. Dans les années 50, sa capacité à fusionner a valu à la Terre l'apparition de quelques champignons et de beaucoup de craintes pour le futur de l'Humanité. Pourtant, l'hydrogène, atome le plus léger et le plus fréquemment croisé des confins de la galaxie aux fonds des océans, recèle sans doute plus que des risques. Formidable vecteur d'énergie, il constitue en premier lieu un outil de réflexion chez les chercheurs.
Tout, tout, vous saurez tout sur l'hydrogène à Fleurance
Tout simple soit-il dans sa constitution : un noyau, un électron qui lui fait cortège, l'hydrogène n'en demeure pas moins d'une grande complexité pour ceux qui tentent de le comprendre. « Son noyau est un casse-tête pour la physique » reconnaît l'astrophysicien Michel Cassé, directeur de recherche au Commissariat à l'Energie Atomique, qui tentera de dégrossir le H jeudi lors de son symposium fleurantin. Sans rentrer dans les détails les plus sibyllins, le local de l'étape lancera la réunion (accessible sur inscription sur le site de la mairie) la tête dans les nuages. Ouverture sur l'hydrogène cosmologique, celui qui fait briller les étoiles par le processus de fusion, qui incontrôlé donne la Tsar Bomba, mais maitrisé pourrait révolutionner le domaine de la production d'énergie (projet ITER à Cadarache). Place ensuite à des interventions de personnalités scientifiques de renom (Bruno Monfliet, Isabelle Moretti, Paul Lucchese …) sur les thèmes de l'hydrogène et la vie, l'éléctricité ou son occurrence géologique.
La découverte récente de sources de dihydrogène « natif » sous terre, quasiment pur et extractable par forage, ouvre la porte à des perspectives alléchantes pour le monde de l'énergie. Encore méconnu, le processus permanent de formation de cet hydrogène souterrain aurait « un temps caractéristique de quelques mois. Ce qui signifie que cet hydrogène serait renouvelable » explique Michel Cassé. Contrairement aux énergies fossiles dont le temps de formation dépasse très largement le rythme auquel l'industrie épuise les ressources, cet hydrogène « blanc », car décarbonné, serait donc inépuisable. De quoi attirer les convoitises. Pour l'heure seul le gisement de Bourakebougou au Mali fait l'objet d'une exploitation, en attendant les Etats-Unis, et peut-être la France, pour laquelle un terrain dans l'Adour est par exemple en études.
La flamme « olympique » qui brille sans interruption depuis plus de 2 500 ans sur les pentes du mont Chimère dans l'actuelle Turquie, composée en partie de dihydrogène s'enflammant au contact de l'air, avait déjà vendu la mèche ; il aura fallu laisser le temps à la communauté scientifique d'en saisir l'intérêt. Alors, l'hydrogène renouvelable, chimère ? A l'heure où l'atome fait l'objet d'un plan à horizon 2030 en France et que des bus roulent à l'hydrogène en Occitanie, le virage semble amorcé.
L'hydrogène, vecteur d'énergie … et d'opportunités économiques.
Comme la flamme olympique, un passage de témoin entre la science et l'industrie se fera en fin de journée du symposium de Fleurance avec l'intervention de Rémi Branet, président de la CCI du Gers. Ce dernier présentera la journée du lendemain, organisée à l'aéroport d'Auch à l'adresse des acteurs du monde économique. « L'hydrogène laisse entrevoir des mutations très importantes avec des aspects de production, de stockage, de transport et d'utilisation. L'objectif est de bien présenter au monde économique gersois les opportunités de l'hydrogène. On constate que plusieurs entreprises sur le territoire sont concernées : une à Cologne qui travaille sur des réservoirs de stockage, une autre sollicitée pour développer des bancs d'essai » explique celui qui est aussi président du syndicat mixte de gesion de l'aéroport d'Auch.
L'intérêt de cet atome à l'heure de la décarbonnation de l'énergie ? « La capacité de stocker » selon Nicolas Azan, délégué Occitanie pour l'association France Hydrogène. « Pendant les pics de production des énergies renouvelables les usages ne sont pas forcément au rendez-vous. A contrario lorsqu'on est plein hiver et qu'on a besoin d'énergie il n'y a pas forcément les énergies renouvelables pour produire l'énergie nécessaire. L'hydrogène présente la particularité d'être stockable, c'est un gaz ». Le passage par l'état hydrogène gazeux constitue en fait une étape dans un processus de création-stockage-utilisation d'énergie.
Si l'hydrogène blanc permettrait de réunir la phase de création à la captation dans les sous-sols, plusieurs techniques sont déjà à l'oeuvre pour obtenir du dihydrogène stockable. « Aujourd'hui les principales sources d'énergies sont carbonées. On prend du gaz, et par des procédés industriels on transforme du méthane en hydrogène et en CO2. Ca c'est l'hydrogène gris parce qu'il est éminemment carboné. La filière qui se construit aujourd'hui dans un industrie basée sur le développement durable s'appuie principalement sur de l'hydrogène fabriqué à partir de l'électrolyse de l'eau. Il faut injecter des électrons dans de l'eau, et c'est la circulation d'électrons qui produit la séparation de l'eau en molécules de dihydrogène et de dioxygène. C'est quand même consommateur d'électricité et là on comprend que l'hydrogène en lui-même n'est pas une énergie renouvelable, c'est fabriqué à partir d'une énergie. Tout l'intérêt de la filière c'est de permettre de transformer des électrons « verts », fabriqués par des énergies renouvelables, ou des électrons « bleus », fabriqués via des énergies décarbonées type le nucléaire, pour fabriquer de l'hydrogène » explique Nicolas Azan.
L'aéroport d'Auch en pôle sur l'aviation hydrogénée ?
Que faire de l'hydrogène ainsi stocké ? Deux usages principaux. D'abord « celui qui est d'utiliser directement l'hydrogène dans des piles à combustible. De l'hydrogène qu'on injecte dans des piles qui fabriquent de l'éléctricité et rejettent de l'eau derrière, et qui permettent de faire avancer des équipements tels que des bus. On fait la réaction inverse de celle décrite avant, à savoir que le dihydrogène redevient de l'eau avec la création d'éléctricité ». C'est de cette manière que plusieurs bus roulent déjà en Occitanie, au cœur de la zone aéroportuaire de Toulouse-Blagnac par exemple, et bientôt sur plusieurs lignes régulières qui traversent le département du Tarn. Pour les amateurs de moyens de locomotion plus autonomes, des vélos éléctriques fonctionnant via une pile à hydrogène ont aussi fait leur apparition.
L'autre usage concerne la préparation d'hydrocarbure de synthèse à destination de l'industrie aéronautique. Idéalement en prenant de l'hydrogène « vert », du dioxyde de carbone capté à partir d'utilisations industrielles et les assembler pour obtenir un e-kérosène plus « durable ». Le processus possède évidemment ses inconvénients, en termes d'énergie requise au préalable, de refroidissement – le kérosène doit être liquide pour prendre moins d'espace, donc extrêmement froid – et tout simplement de logistique à (ré)inventer pour toute la chaine d'approvisionnement. C'est dans cet interstice que résident les plus grandes opportunités, ce dont Rémi Branet conscience : « le développement d'avions à hydrogène va induire des besoins en compétences particulières. On a notamment sur Auch la principale école en France de pompiers d'aéroport, ça va nécessiter des formations spécifiques ». Cent ans après les Zeppelins, l'hydrogène va faire son rtour sur les tarmacs. A défaut d'être renouvelable, l'atome vit un éternel renouvellement.
Programme de la journée de jeudi au théâtre le Méridional (sur inscription sur le site de la mairie de Fleurance).
Programme de la journée du vendredi à l'aéroport d'Auch (sur inscription ici).
9h30-12h30 : Introduction
Présentation de l’orientation nationale sur l’hydrogène, chiffres clés, applications actuelles et à venir (France Hydrogène – Région/Ad’Occ)
Témoignages de Safra, Terega, Eiffage Energies Systèmes
Questions/réponses
12h30-13h30 : cocktail déjeunatoire
13h30-15h30 : 2 groupes en rotation sur 1h
Zoom sur la structuration de l’hydrogène dans l’aéronautique et perspectives gersoises (Aerospace Valley - Aéroport Auch GERS) et Déploiement de l’hydrogène dans l’aviation verte (Airbus)
Présentation de prototypes ou solutions hydrogènes
Présentation du site de production d’hydrogène LHYFE à Bessieres et leurs solutions de distribution
Présentation de Beyond Aero et son avion d’affaire hydrogène
Présentation de H3 Dynamics et son drone hydrogène
Présentation de Blue Spirit Aero et sa maquette du futur avion hydrogène
15h30 – 16h00 : Conclusion
Photo : feux éternels nourris par l'hydrogène à Çıralı, Turquie. Jyri Leskinen.
V.M