Gers : 30 minutes de sport par jour à l'école, facile à dire, moins à faire ?

17 novembre 2023 - 09:38

30 minutes d'activité physique quotidienne à l'école, c'est l'engagement de l'Education Nationale. Un projet qui passe par une mobilisation des enseignants, mais aussi des élèves, et un temps parfois difficile à trouver.

Etait-ce mieux avant ? Physiquement, pour les populations actuelles d'enfants et d'adolescents, pas de doute. Augmentation de la proportions de diabétiques et d'obèses, baisse de l'endurance moyenne ; la sédentarité gagne du terrain chez les jeunes. Une tendance nationale à laquelle le Gers n'échappe pas. Après quinze ans de tests physiques (endurance, souplesse, adresse, équilibre, coordination) auprès des élèves du département, Sandrine Jobard, présidente de l'Union Sportive de l'Education du Premier degré (USEP), ne voit qu'un secteur en amélioration : l'habileté manuelle. Il est aisé de trouver le lien de causalité entre l'usage désormais répandu des smartphones et cette nouvelle virtuosité dans l'utilisation des quatre doigts et du pouce rétractable. Pour le reste c'est la chute libre. Comme la chute importe moins que l'atterissage, et que ce sont les pieds qui touchent généralement le sol en premier, tout reste à faire.

Installer des « réflexes » dès l'école primaire.

Trente minutes d'activité physique quotidienne (APQ) en cours, c'est – dans un premier temps – l'objectif de l'Education Nationale. Non pas pour faire de la France une « nation sportive », sujet qui fait débat à l'orée des Jeux Olympiques à la maison, mais à tout le moins pour s'assurer que tous les écoliers de l'Hexagone prennent conscience de leur corps et de l'intérêt de s'en servir. Dans le Gers, le projet « Bouge 2.0. », récompensé par le comité Terre de Jeux Paris 2024, réunit trente classes, dans lesquelles le comité départemental olympique intervient régulièrement au cours de l'année pour évoquer différents thèmes (olympisme, sport-santé ...) et faciliter la mise en place des trente minutes d'APQ. Dix de ces classes étaient réunies au Mouzon ce jeudi pour découvrir plusieurs ateliers sportifs et passer la batterie de tests qui sera rééditée à la fin de l'année, histoire d'observer les progrès de ces élèves du cycle 2 (CM1-CM2).

« Il faut faire en sorte que tous les élèves quotidiennement aient une activité physique, donc on essaie d'installer des réflexes dès l'école primaire. Ce projet est exemplaire car il permet aux élèves à la fois d'avoir des activités physiques mais aussi de se questionner dessus. Qu'ils conscientisent pour pouvoir le refaire ailleurs, dans d'autres contextes, avec d'autres camarades » explique le directeur académique, Farid Djemmal. C'est à dire semer la petite graine qui incitera les jeunes à se mouvoir d'eux-mêmes, recréer un conditionnement à l'effort. Lors de l'activité photo-langage, les élèves sont amenés à observer un patchwork d'images et à choisir celle qui symbolise le mieux leur vision de la « santé ». Médicaments, animaux, famille, tous sont désignés avant l'activité physique. Comme le « manger cinq fruits et légumes par jour », spot télévisuel qui a fait son chemin dans les esprits, et qui n'a pas encore d'équivalent « 30 minutes d'APQ ». Trente minutes qui pourraient bien se transformer en une heure pour un Farid Djemmal ambitieux. « Ce que préconisent les scientifiques c'est plutôt une heure d'activité physique par jour. Mais si on atteint les 100% [de classes concernées], ce qui est le cas dans le département, des trentes minutes régulières, c'est une bonne chose ».

Dans les classes, les trente minutes sont souvent difficile à trouver ... ou premières à sauter.

Du côté des enseignants, on pondère quelque peu l'enthousiasme de l'évènement. Quand le programme quotidien demande des ajustements, fait assez récurrent dans les classes d'élémentaire, « c'est souvent le sport qui en pâtit » reconnaît Hélène Le Guellec, professeure à l'école Guynemer. L'APQ en premier lieu, qui vient se surajouter à un calendrier déjà chargé, et pas extensible : « maintenant on doit aussi leur apprendre à se brosser les dents, à faire du vélo ... ». Une substitution au rôle des parents, mais aussi des associations sportives, avec lesquels l'enseignante regrette un manque de relations : « il faudrait des passerelles vers les clubs ». Dans sa classe, environ 50% de licenciés, un axe de progression évident, pour que davantage d'enfants goûtent à la pratique sportive, en dehors du minimum que propose l'école. Encore qu'à Guynemer, groupe scolaire du centre-ville, Hélène Le Guellec reconnaît ne pas avoir se plaindre, avec la venue de plusieurs intervenants sur des créneaux dédiés.

La journée au Mouzon ? « On le fait avec plaisir, c'est un moment partagé. Mais pour l'équilibre de la journée … je ne peux pas faire la dictée ». Alors que le niveau scolaire des élèves du collège inquiète, la question de la vocation première du primaire se pose. La priorité pour l'enseignante : « lire, écrire, compter », même si en tant que sportive convaincue les « dix minutes de course pour se défouler » ne sont jamais loin.

V.M

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