Entre la Route d'Occitanie, plusieurs étapes du Tour de France masculin, puis le Tour de France féminin, la relation entre Aerosotravia, société spécialisée dans le relais télévisé de courses cyclistes, et l'Aéroport d'Auch fait figure d'idylle.
La Grande Boucle : ses baroudeurs, ses paysages, son patrimoine, ses motos, voiture-balais et autres hélicoptères … et ses avions. Sans eux, point d'images, et retour à la radio. Grâce aux deux Beetchcraft de la société Aerosotravia, les nombreux téléspectateurs du plus grand événement cycliste mondial peuvent passer de la flamme rouge au grupetto en un clignement d'oeil. Comment ?
Clément Besse, l'un des deux pilotes d'Aerosotravia présents sur le Tour de France, a répondu à nos questions sur le tarmac de l'aéroport d'Auch, où la flottille de deux bimoteurs s'installe le temps des quatre étapes du grand sud-ouest.
Aérosotravia, c'est quoi ?
En dehors du patron qui est également pilote mais qui vole moins il y a deux pilotes à temps plein, cinq mécaniciens et une agent d'opération qui prépare les missions en amont et fait la communication avec les services de contrôle aérien, pour obtenir les autorisations de survol.
On fait ce qu'on appelle du relais télévisé. Principalement sur du vélo, mais aussi des courses de marathon ou de triathlon ; des évènements sportifs qui se déplacent en fait. Il y a des caméras qui filment au sol, sur des motos ou montées sur des hélicoptères, et ces signaux doivent être retransmis au niveau du car-régie, là où le réalisateur fait sa ''petite tambouille'' avec toutes les caméras qu'il a de disponibles. Pour que ce signal soit retransmis il y a besoin d'un avion-relais, et on joue un rôle de satellite plus bas qu'un satellite, en tournant autour de la course avec des antennes sous l'avion qui récupèrent les images. On les fait ensuite redescendre vers le car-satellite qui est positionné à un endroit bien précis au sol.
Où vous situez vous dans le dispositif TV ?
Il y a les motos au niveau de la course, les hélicoptères qui sont proches du sol, entre 200 et 400 mètres, et nous on est bien au-dessus, à 9000 mètres sur ces avions. On survole tout le dispositif.
Vous arrivez à voir un peu ce qui se passe au sol ?
On est bien trop haut pour voir quoi que ce soit. S'il y a des nuages on est en général au-dessus donc on ne voit rien d'autre qu'une mer de nuages, sinon on peut éventullement distinguer quelques petites choses, on voit un serpentin, on devine que c'est le peloton mais c'est tout.
Combien de temps passez-vous en l'air par jour ?
On sert pour le direct télévisé. Sur des étapes comme le TDF où tout est retransmis on va décoller une heure avant le début du direct et on se pose une demi-heure après la fin. Ca fait des vols de six heures environ.
Et sur une année ?
Ca fait quelque chose comme 800 heures par an. Le relais télévisé fait globalement pas mal voler, parce que les vols sont longs. Pas mal de vols et beaucoup d'heures de vol par an.
Quelles sont les courses que vous couvrez ?
On fait des courses cyclistes un peu partout en Europe et de temps en temps dans des lieux un peu plus exotiques comme les Jeux Olympiques à Tokyo il y a deux ans et les Jeux Asiatiques à Jakarta il y a quatre ou cinq ans. Et puis on fait depuis quelques années le Tour d'Arabie Saoudite. Mais on est principalement en France et notamment dans le quart sud-ouest.
Justement dans le sud-ouest vous avez pris l'habitude de poser les bagages à Auch, pourquoi ?
On vient souvent à Auch pour faire les étapes des Pyrénées qui ne sont pas trop à l'est. On s'est habitué à venir ici plutôt qu'à d'autres endroits parce que rien ne nous entrave. On n'a pas de problème pour rentrer sur le terrain … on ne perd pas de temps en fait. On n'attend pas pour le carburant, on n'est pas numéro 5 quand on revient se poser. Tout est facile et puis les prix sont plus attractifs que sur des terrains un peu plus gros avec de plus grosses infrastructures.
A titre personnel, comment un pilote en arrive-t-il au relais télévisé ?
Quand j'ai fini ma formation de pilote j'avais envie de faire un peu de travail aérien, un milieu qui m'attirait avec des avions plus petits souvent en mono-pilote et des contraintes différentes. J'avais envie de faire un peu de ça avant d'aller éventuellement en ligne. Et de fil en aiguille après du largage de parachutistes et du remorquage de planeurs je suis arrivé au relais télévisé. Ce n'est pas quelque chose que je connaissais avant de rentrer dans l'entreprise.
V.M