L'athlète auscitain Thibaut Daurat prendra part aux Championnats du Monde de para-athlétisme, qui auront lieu à Paris du 8 au 17 juillet. Il sera aligné dans trois disciplines : 800m, 1 500m et 5 000m. Le tout à un an des Jeux Paralympiques.
« A nous deux Paris », telle était la phrase fétiche d'Eugène Rastignac, jeune personnage balzacien, provincial ambitieux découvrant la capitale et prêt à en gravir les échelons. Pour Thibaut Daurat, ce sera plutôt « A nous Paris, deux fois », avec non moins d'ambition que son homologue littéraire. Le para-athlète auscitain souhaite probablement écrire son propre roman, en deux chapitres et autant d'années.
Sa qualification pour les Championnats du Monde de Charléty (dans le 13ème arrondissement de Paris), du 8 au 16 juillet, était un secret de polichinelle, la récompense est finalement tombée samedi dernier, à la suite des Championnats de France disputés à Saint-Etienne. Thibaut Daurat a obtenu son sésame pour la porte de Gentilly dans trois épreuves : 800m, 1 500m et 5 000m. « C'était le grand objectif avant les Jeux. Les Championnats du Monde c'est pas donné à tout le monde, surtout que je n'ai que 20 ans donc c'est prometteur pour la suite ». Benjamin de la délégation française, le plus beau de sa carrière est assurément devant lui, d'autant que parmi les forçats du tartan de sa catégorie - T54 : utilisation de fauteuil avec usage limité ou absence de membre(s) inférieur(s) - l'âge moyen frise plutôt la quarantaine (la star suisse Marcel Hug a 37 ans, son coéquipier médaillé olympique Julien Casoli 40 ans).
Objectif finale à Charléty
Une première expérience attendue tant la progression a été linéaire depuis ses débuts. Dorénavant membre à part entière de l'équipe de France, Thibaut Daurat a enchainé les compétitions internationales entre les Emirats, et la Suisse au mois de mai. A Arbon puis Nottwil, deux pistes réputées pour leur capacité à accoucher de records personnels en bataille, l'athlète de Auchandi a profité de la concurrence pour abaisser encore ses meilleurs perfomances. Son nouveau temps de référence sur 800m (1'32'33) le place en dix-huitième position des bilans mondiaux, à un peu plus de deux secondes d'une huitième position synonyme de finale, l'objectif en ligne de mire pour cet été. Dix-neuvième sur 1 500m, il est aussi dix-septième sur 5 000m, mais estime ses chances décroissantes la distance augmentant « 800, ça va être le plus abordable. Là où je peux facilement gagner des secondes c'est sur 1 500, parce que je ne suis tombé que dans des séries qui n'avançaient pas. Après le 5 000, j'ai fait 10'09, un très beau temps mais j'étais déjà à 99% ». Avec ses classements réguliers en fin de top 20 sur les trois disciplines, l'objectif est relativement clair à quelques semaines de rentrer dans le grand bain : « Je sais reconnaître les choses, je sais que ça ne sera pas cette année que je ferai une médaille parce que sur les longues distances sur lesquelles je suis aligné il y a une forte concurrence ».
Une semaine de stage en Lozère avec l'équipe de France
Plus qu'une fin en soi, Paris 2023 fait donc office de tremplin pour Paris 2024, histoire de tester plusieurs variables qu'on ne retrouve qu'en grand championnat. La piste est la même (plus ou moins, Charléty n'étant pas « celle où il va y avoir des records du monde »), les adversaires aussi (à peu de choses près), et pourtant tout y est différent. L'enjeu vient s'ajouter aux habitudes et gripper la machine, rodée par les heures d'entrainements. Les spectateurs viennent garnir des tribunes peu remplies à l'accoutumée … et Thibaut Daurat poura avec certitude compter à Paris sur un public en répétition lui-aussi, à peu plus d'un an des Jeux Paralympiques. A en voir l'éléctricité dans l'air, qui ne devait rien aux orages, lors du meeting d'athlétisme (valides) organisé il y a quelques jours dans la capitale, l'ambiance devrait monter d'un cran à l'annonce des athlètes français entre le 8 et le 17 juillet.
Les organisateurs ont d'ailleurs mis les petits plats dans les grands pour assurer un succès populaire de l'évènement, avec une programmation musicale à la hauteur de la programmation athlétique. Toutes les sessions seront agrémentées d'un concert, de Yannick Noah, Amel Bent à Feder.
Actuellement en stage avec le reste de l'équipe de France, à Montrodat en Lozère, l'athlète entrainé par Florian Delaunay profite de l'émulation qu'offre le groupe où règne « une bonne ambiance » pour préparer les dernières semaines avant la compétition d'une vie, pour l'instant. Dans le Gévaudan, loin de l'agitation de la vie parisienne où il s'apprête à plonger une première fois en juillet, Thibaut Daurat fourbit ses armes, pour que l'illusion perdure.
Photo : Facebook Team Bionique
V.M