2 mois après son élection, le député de la 2e circonscription du Gers, David Taupiac, est déjà au travail dans l’Hémicycle de l'Assemblée nationale. Ségur de la Santé, réintégration des soignants non vaccinés contre la COVID-19, le parlementaire gersois a pris position ces derniers jours sur de nombreux sujets d'actualité. Entretien :
Vous avez récemment pris position sur les oubliés du Segur de la Santé, qu'est-ce que vous dénoncez ?
"Le problème du Ségur de la santé c'est qu'il se déploie de manière successive depuis sa mise en place en touchant à chaque fois de nouveaux publics, mais en créant également des disparités. Plusieurs mois après sa mise en place, on a encore aujourd'hui des agents qui travaillent dans le privé et dans le public qui sont exclus de ces revalorisations salariales. L'objet de ma récente intervention c'était de rappeler au ministre des Solidarités que des agents travaillant dans des métiers administratifs, techniques et logistiques dans des structures du médico-social sont toujours exclus du Ségur. J'ai un exemple très précis, de par mes anciennes fonctions de maire et de président du conseil d'administration du centre Cantoloup Lavallée à Saint Clar, où j'ai été en première ligne sur ce sujet. Sur cette structure, il y a un EHPAD, un foyer d'accueil médicalisé et une maison d'enfants à caractère social. Ceux qui relèvent de l'EHPAD touchent tous le Ségur, ceux qui relèvent du foyer d'accueil médicalisé la plupart le touche, et pour ceux qui relèvent de la maison d'enfants c'est encore plus partiel. Tous ces personnels travaillent ensemble, parfois dans des bureaux juste à côté les uns des autres, et d'un côté vous avez un agent qui le touche et dans un autre bureau un agent qui ne le touche pas. Donc, cela amène des difficultés de gestion des ressources humaines pour la direction. Cela amène même des démissions. Le problème, c'est que les disparités que créent cette situation, génèrent vraiment aujourd'hui de grosses difficultés, le secteur social et médico-social est aujourd'hui au bord de la rupture à cause de ces inégalités."
Toujours sur la santé, une autre thématique d'actualité : le sort des personnels soignants non-vaccinés contre la COVID-19, ils ne sont toujours pas réintégrés dans les établissements, quel est votre position ?
"Je suis favorable à la réintégration des personnels soignants non vaccinés à la COVID-19 dans les établissements de santé. J'étais favorable à la mise en place du pass sanitaire, puis du pass vaccinal, mais aujourd'hui devant les difficultés en termes de ressources humaines que nous avons dans les établissements de santé, sociaux et médico-sociaux, il est important que nous puissions réintégrer tous les personnels, car on ne pourra pas faire face plus longtemps à une gestion des ressources humaines qui est devenue très compliquée. D'autant que là nous sommes en période estivale, où les établissements doivent gérer parallèlement les périodes de congés, on ne peut pas refuser non plus les congés aux personnels qui s'impliquent énormément. Les situations sont aujourd'hui très tendues dans tous les établissements. Je prends l'exemple de la structure de Saint-Clar, aujourd'hui pour trouver des solutions nous sommes amenés à discuter avec des associations de secouriste pour faire intervenir des secouristes dans la gestion de nos établissements. Est-ce que cela est normal ? Nous sommes très loin d'un fonctionnement normal. Les établissements doivent faire face à des démissions, des personnels qui sont épuisés, la situation est très dégradée, je suis vraiment très inquiet pour la pérennité de l'ensemble des structures de santé du secteur social et médico-social. Il faut aujourd'hui faire preuve de pragmatisme, et outre la réintégration des personnels soignants non vaccinés, il va falloir qu'on se pose les bonnes questions pour redonner une attractivité à tous ces métiers, un bon niveau de rémunération, des bonnes conditions de travail, des établissements bien dotés en moyens financiers et en équipements pour qu'on puisse se projeter de manière durable dans un fonctionnement normal."
Cela fait bientôt deux mois que vous siégez au sein de l'hémicycle de l'Assemblée nationale, quel bilan tirez-vous de vos premières semaines ?
« Comme à chaque fois que j'ai occupé une nouvelle fonction d'élu, il y a d'abord une phase d'apprentissage et de compréhension du fonctionnement de l'institution. Cette phase-là est désormais passée, j'ai aujourd'hui bien pris mes marques, je commence à travailler sur de nombreux dossiers. Le médico-social comme on a pu l'évoquer, je suis intervenu aussi sur la déconjugalisation de l'allocation adulte handicapé (AAH) qui a pu être voté, sur le pouvoir d'achat. On a eu sur le mois de juillet et sur ce début de mois d'août plutôt des sujets d'urgence liés au pouvoir d'achat. J'ai maintenant vocation à travailler un peu plus sur la durée, c'est-à-dire faire le lien avec les sujets gersois et ils sont nombreux pour pouvoir déployer mon action. Tout l'enjeu est de trouver un bon équilibre entre le travail à l'Assemblée nationale sur le législatif qui est important et puis derrière la présence sur le terrain au contact des acteurs pour comprendre les difficultés et tenter de trouver des solutions. J'ai énormément de rendez-vous avec des acteurs de la santé, du médico-social, j'ai beaucoup de sollicitations, j'essaye de répondre à tout le monde. Je me nourris de ces remontées du terrain pour me faire ma conviction de ce que je dois défendre à l'Assemblée nationale. »
De ne pas appartenir à un groupe politique ce n'est pas un obstacle pour peser dans les débats à l'assemblée ?
« Dans le fonctionnement de la précédente législature le fait d'être non-inscrits aurait pu être perçu comme un frein parce qu'il y avait une large majorité et que le fonctionnement de l'assemblée ressemblait à une chambre d'enregistrement où le gouvernement présentait des projets de loi et puis l'Assemblée nationale validait. Là, nous sommes dans un contexte bien différent, la majorité n'est que relative, il n'y a pas de majorité absolue et du coup tous les projets de loi doivent être débattus et il y a des majorités de projets qui se constituent. Notre pôle de « non-inscrits » qui est aujourd'hui composé de six membres reçoit énormément de sollicitations pour travailler sur des dossiers, nous sommes associés à de nombreux projets de loi. Dans le format de l'assemblée que nous avons aujourd'hui, c'est beaucoup moins pénalisant et nous pouvons largement travailler. Nous continuons toutefois à travailler pour constituer un groupe d'ici l'automne. »
De nombreux incidents entre certains partis perturbent les débats ces dernières semaines à l'Assemblée, comment réagissez-vous face à cette situation ?
Des propos reccueillis par Enzo Rousseau