Il réalise 25 000 km par an pour sauver les agriculteurs du suicide

31 janvier 2022 - 10:27
Face à la détresse de certains agriculteurs, souvent à la limite de commettre l'irréparable, deux Gersois arpentent les quatre coins de l'Hexagone pour leur venir en aide. Depuis 2019, Michel Bini et Guy Sérès président le Samu Social Agricole National. Une association sensée pallier à la détresse du monde paysan mais qui, depuis le début de la crise sanitaire, doit faire face à une demande toujours plus importante.
 
25 000 km. C'est la distance parcourue l'an dernier par Michel Bini, loin de ses terres de Lagardère, sur les coteaux gersois. S'il prend le large au volant de sa vieille Volvo, ce n'est pas pour découvrir les coins les plus reculés du pays, mais bien pour venir au soutien d'agriculteurs dans des situations à peine entendables. Avec Guy Sérès, un juriste de métier, ils ont créé en 2019 le Samu Social Agricole National. Une association qui doit répondre au désarroi des éleveurs. « On a commencé dans le Gers mais les problèmes, ils sont partout. Il fallait qu'on s'étende, qu'on dépasse les frontières du département».
Depuis, l’association compte une trentaine de membres. Les profils qui la constituent sont souvent ceux d'agriculteurs en détresse, et qui ont eu recours au Samu Social Agricole pour s'extraire de leur situation. C'est le cas du trésorier, Laurent Hélaine. Cet éleveur de lapins, âgé de 51 ans, réside à quelques kilomètres du Puy du Fou en Vendée, à Montaigu. « C'était en mai 2020. J'avais du diabète et je ne trouvais pas de personnel pour assurer le travail. Il me fallait trouver du monde dans l'après-midi parce que je devais être opéré en urgence. Le Samu Social a fait bouger la coopérative pour me trouver du monde, sinon je courrais encore plus à la catastrophe ».
 
« Le pire, c'est l'élevage »
 
Dans le sud-ouest, la crise aviaire qui sévit actuellement, c'est le « gros morceau » auquel s'attaque Michel Bini. Mais ce n'est pas le seul. « Dans le Gers, il nous reste un gros morceau, c’est l'avicole avec des situations dramatiques. Quand on voit des bâtiments gazés, je pense que là c'est le résultat de gens irresponsables. Ils ont laissé des bâtiments se monter, de plus en plus gros, pour faire tourner la fabrique d'aliments. Dans quel état d'esprit peut être le paysan ? Il faut revenir à un autre élevage et arrêter d'avoir des milliers de bêtes en pensant que ça va nous assurer un bon revenu. Vous voyez les publicités « Élevés en plein Gers » ? Et bien on ment aux gens. Mais le pire, c'est l'élevage ».
Mayenne, Loire-Atlantique et plus récemment le Cantal. Michel ne compte plus les trajets. « Un samedi soir, on a rempli la voiture en catastrophe pour faire 600 km et apporter à manger à un paysan. Il lui restait pour le week-end une brique de lait, pour lui et sa mère. Quand on est arrivé, on a découvert une situation dramatique. En trois ans, 80 bovins étaient morts sur la ferme. Personne n'est venu constater. Notre mission, c'est de sauver les paysans du suicide mais on ne sait pas tout. Le dernier dont on a connaissance, c'est un gamin des Côtes-d’Armor âgé de 26 ans qui avait repris un bâtiment agricole. Il a mis fin à ses jours. Quand il a signé en bas à droite, il s'est transformé en esclave du monde moderne ».
Des histoires comme celle-ci, Michel en a pléthore. « On cherche des petits soldats pour faire marcher le système mais on leur dit jamais pour quel prix ils vont travailler. En Loire-Atlantique, une agricultrice avait une exploitation de veaux sur paille. Au bout de 4 ans, quand elle a vu que ça ne gagnait pas, elle a mis le feu au bâtiment. Tout a brûlé. Voilà comment ça se termine ».
La prochaine action du Samu Social Agricole portera sur le vol de 126 têtes de bétail en Mayenne. « Un de nos plus gros dossiers », conclue Michel.
N.M

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