Vous avez été rapporteur ces dernières semaines d'une proposition de loi défendue par une vingtaine de députés visant à légaliser le cannabis récréatif, pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre projet ?
“Tout d'abord, je tiens à rappeller que le cannabis n'est pas un produit neutre. Le cannabis peut avoir des effets dangeureux, notamment la conduite sous emprise de cannabis. Cependant, la réalité est là, il y a beaucoup trop de consommateurs en France. Des consommateurs qui sont en danger car ils s'approvisionnement de matières frelatés. Donc, la proposition que j'ai faite est de légaliser le cannabis et que la production soit faite sous contrôle d’État, comme on a connu avec la SEITA (NDLR, la société d'exploitation industrielle des tabacs et des allumettes). L'objectif est que de la graine à la distribution en passant par la transformation, l'état est systématique présent. Il confie des graines à des agriculteurs agréés qui sont surveillés et accompagnés dans la production de cannabis. La récolte est confiée à un transformateur qui en fait une offre avec plusieurs qualités de cannabis. Et après moi je propose que ça soit vendu chez des buralistes de façon extrêmement contrôlée, interdit aux moins de 18 ans et sans publicité.”
Quels seraient les avantages de cette légalisation ?
“Cela nous permettrait de créer entre 50 et 90 000 emplois, essentiellement dans la production agricole et la transformation dans les territoires. Cela nous garantirait également que les consommateurs actuels ne se retrouvent pas avec des produits frelatés, coupés avec du plastique ou du caoutchouc, comme cela arrive très souvent malheureusement. Le consommateur aurait donc des produits beaucoup plus sains avec des taux de THC contrôlés par l’État. Cela permettrait aussi d'avoir des moyens : 3 milliards de recettes fiscales. Ce qui nous permettrait de mettre en place des actions de prévention, notamment auprès de la jeunesse, sur le cannabis, mais aussi sur les autres produits toxiques que sont le tabac ou encore l'alcool.”
Dans votre proposition de loi, vous souhaitez que la plante soit produite par des agriculteurs français, cette légalisation du cannabis serait-elle un nouveau débouché pour l'agriculture française qui vit des temps difficiles avec le réchauffement climatique, la crise COVID ou encore la grippe aviaire ?
"Il faut être clair, il n'y a pas de solution miracle. L'hyper-répression ne supprimera pas à zéro le trafic, notamment de cannabis. La légalisation n’amènera pas non plus à zéro les réseaux de trafic. Ce que nous constatons au Québec, c'est qu'aujourd'hui on est à 10 à 15% d'approvisionnement de cannabis via des réseaux illégaux pour le consommateur. Donc, 85 à 90% maintenant est approvisionné par les services de l’État. On voit bien qu'on peut assécher très fortement les trafics. En légalisant le cannabis, on pourrait générer entre 2 et 3 milliards d’euros de recettes fiscales chaque année. Si je rajoute les 800 millions de coûts de police et de justice actuels qui disparaitraient puisqu’il y aurait quasiment plus de recherches d’infractions, je trouve des marges de manœuvre économique, pour venir apporter des moyens dans les territoires qui sont gangrenés par la drogue. Il y a le plan Borloo pour les banlieues, pour les territoires les plus difficiles, qui a une stratégie sur 10 ans, pour arriver à proposer dans ces quartiers qui ne vivent plus que de la drogue, un autre projet de société. Pour cela, il faut de l’argent et ce sont ces 2 à 3 milliards d’euros de recettes annuels qui pourront nous aider."
En légalisant, est-ce-qu'il n'y a pas le risque de voir le nombre d'addictions augmenter, notamment chez les jeunes ?
"Dans les états américains et les autres pays où le cannabis est légalisé, on observe une attractivité. À titre personnel, je n’ai jamais fumé de cannabis. Mais peut-être que si c’était légal, j’y goûterais. Donc, il peut y avoir une attraction pour des gens comme moi qui disent maintenant que c’est devenu légal on va goûter, comme on goûte un alcool ou un nouveau produit. Très souvent, ce qui a été constaté dans les autres pays, c’est qu’autre chose baisse. Par exemple, en Californie, la consommation de cannabis a certes augmenté, mais la consommation d’alcool a fortement baissé, donc déjà ça ne vient pas se rajouter. Je tiens à rappeler qu’en France, si on se réfère à mon projet de loi il n’y aurait pas de promotion du cannabis, contrairement à la Californie, il y aurait juste une mise à disposition. Et secundo, il y aurait des moyens colossaux pour faire de la prévention, ce qui fait qu’on maitriserait ces risques de dérives. En tout cas, il y a une chose qui est certaine la situation actuelle qui dure depuis plus de 50 ans est une impasse totale puisqu’on a toujours une augmentation de consommateurs dans la totale illégalité avec des produits frelatés qui impactent très fortement la santé et qui coûtent une fortune. On a 0 partout, c’est pour ça qu’il est important qu’on prenne une autre voie."
Qu'avez-vous à répondre au ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, fermement opposé à sa légalisation, qui qualifie d'ailleurs le cannabis de "drogue dure" ?
"Il joue sur les ambiguïtés, il pourra toujours sans sortir par une pirouette parce qu'il a raison sur un point, c'est qu'aujourd'hui le cannabis produit notamment au Maroc paradoxalement par des graines qui viennent des Pays bas donne un THC (le taux de psychotropes) extrêmement élevé de 30 à 40%. Celui que je préconise est à 5-6% dans le cadre de la légalisation, c'est comme l'alcool un bon vin du Gers est à 12-13° ce n’est pas la même chose avec un rhum de Martinique qui titre à 55°, ici c'est le même sujet, le THC est de plus en plus élevé, car il n’est pas contrôlé parce que c'est illégal donc chacun fait ce qu'il veut et il n'y a pas de compte à rendre à la personne publique c'est-a-dire à l'État. Quand on en achète parce que ce n’est pas écrit sur l'étiquette ça peut arriver qu'il y est des conséquences comme à Manosque dans un petit hôpital où un samedi soir une dizaine de personnes débarquent dans une situation qui nécessite les urgences, car leur dealer avait complètement changé l'offre de cannabis et avait remplacé par du cannabis avec un taux de THC très fort,. Fort heureusemenent, elles s'en sont sortis. Donc oui Darmanin à raison sur ce point, mais il a complètement tord concernant la stratégie, car il s'agit de couper l'herbe sous le pied des trafiquants puisqu’ils peuvent faire ce qu'il veut parce qu'en définition c'est illégal."
Votre proposition de loi a été rejetée par la commission des affaires sociales de l'Assemblée Nationale, la question de la légalisation risque de s'immiscer dans les débats de la campagne présidentielle de 2022, êtes-vous favorable à l'organisation d'un référendum à ce sujet ?
"Je fais toujours attention à mettre des référendums sur des sujets de société même si j'ai l'intime conviction que le oui l'emporterait. Mais vous voyez déjà que le référendum c'est quelle forme de légalisation ? Je suis pour une légalisation sous le monopole de l'État, contrôlé, sans publicité, juste la capacité légalement de mettre à disposition du cannabis avec un THC assez bas. D'autres de mes collègues sont pour en faire un pur business avec des opérateurs privés, des start-up, des entreprises qui se créent est chacune se fait concurrence donc on voit qu'il y a deux voix complètement différentes. Et puis il y a les refus de la légalisation avec différentes voix comme la dépénalisation. On attaque plus le consommateur, on met des moyeux pour l'aider à s'en sortir ou bien des voix très dures comme celle qui est préconisée par le Président de la République de culpabiliser voire sanctionner très fortement le consommateur, donc il est très difficile de faire un référendum sur cette base. Cependant les sondages nous démontrent qu'on est près de 60% des Français qui aujourd'hui veulent la légalisation du cannabis parce qu'ils voient qu'on est dans une impasse. Comment peut-on laisser près 1 million de Français prendre des risques sur leur santé parce que des trafiquants leur fournissent un produit qui est frelaté, comment-peut-on abandonner 200 à 300 mille Français dans des quartiers qui vivent plus que de la drogue et leur laisser comme horizon du siècle de ne vivre que de ça et d'être en dehors de la société c'est ça la véritable impasse." Des propos recueillis par E.R
"Je fais toujours attention à mettre des référendums sur des sujets de société même si j'ai l'intime conviction que le oui l'emporterait. Mais vous voyez déjà que le référendum c'est quelle forme de légalisation ? Je suis pour une légalisation sous le monopole de l'État, contrôlé, sans publicité, juste la capacité légalement de mettre à disposition du cannabis avec un THC assez bas. D'autres de mes collègues sont pour en faire un pur business avec des opérateurs privés, des start-up, des entreprises qui se créent est chacune se fait concurrence donc on voit qu'il y a deux voix complètement différentes. Et puis il y a les refus de la légalisation avec différentes voix comme la dépénalisation. On attaque plus le consommateur, on met des moyeux pour l'aider à s'en sortir ou bien des voix très dures comme celle qui est préconisée par le Président de la République de culpabiliser voire sanctionner très fortement le consommateur, donc il est très difficile de faire un référendum sur cette base. Cependant les sondages nous démontrent qu'on est près de 60% des Français qui aujourd'hui veulent la légalisation du cannabis parce qu'ils voient qu'on est dans une impasse. Comment peut-on laisser près 1 million de Français prendre des risques sur leur santé parce que des trafiquants leur fournissent un produit qui est frelaté, comment-peut-on abandonner 200 à 300 mille Français dans des quartiers qui vivent plus que de la drogue et leur laisser comme horizon du siècle de ne vivre que de ça et d'être en dehors de la société c'est ça la véritable impasse."
Des propos recueillis par E.R