"La couche est pleine", c'est avec un brin d'humour, qu'une quarantaine de professionnels du monde de la petite enfance ont exprimé leur colère cet après-midi sur le parvis de la cathédrale à Auch, comme dans une trentaine de villes du pays, suite à un appel national lancé par plusieurs syndicats. En cause : la réforme Norva, initiée par le secrétaire d’État à l'enfance et au Familles Adrien Taquet qui entend simplifier et unifier les modes d’accueil. Pour les acteurs de la petite enfance, cette mesure va surtout "dégrader les conditions de travail et d’accueil des bébés" dans les structures, avec moins de personnels pour encadrer plus d'enfants. Une réforme "au détriment de l'enfant" pour Carine Job, adjointe de direction dans une crèche à Solomiac et représentante de la fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants (FNEJE 32) dans le Gers :
“Déjà qu'avant la réforme ce n’était pas si simple, on était 1 professionnel pour 5 bébés et 1 professionnel pour 8 enfants qui marchent. Avec cette nouvelle loi, on passerait à 1 professionnel pour 6 bébés, donc ça nous rajouterait un bébé supplémentaire à gérer. C'est révoltant quand on sait le développement des jeunes enfants, un bébé a besoin dans l’immédiateté d'une réponse quand il pleure, là de nous rajouter un bébé ce n'est pas aider les enfants. Cette réforme entend également diminuer le nombre de diplômés sur le terrain. Quand on connait notre métier, les personnes diplômées sont les garants de toutes les actions pédagogiques au sein de la crèche. Si on enlève ces personnes-là, ça n'a plus de sens. Ce que nous faisons ce n’est pas la garderie, c'est un travail au quotidien afin d'accompagner les jeunes enfants dans leur développement qu'il soit auditif, cognitif, affectif, moteur et psychomoteur. Notre rôle est très important dans ce développement.”
Une réforme avec l'objectif d'augmenter le nombre de places en crèche, pas la bonne solution pour les acteurs de la petite enfance
Avec cette réforme, le gouvernement entend augmenter les places en crèche et ainsi répondre aux besoins de nombreux parents en termes de mode de garde. Si Carine Job reconnait une réelle problématique dans l'offre et la demande, elle pointe du doigt la stratégie du gouvernement pour tenter de lutter contre cette problématique.
“Moi je dis que ce n'est pas la bonne solution. Pourquoi ne pas ouvrir plus de crèches ? Il est clair qu'il y a beaucoup plus de demande que d'offre. Il y a quelque chose à faire, ça, c'est sûr. Mais entasser les bébés pour régler ce problème-là, je ne pense pas que ce soit une solution, ni pour les enfants, ni pour les familles, ni pour nous les professionnels de la petite enfance.”
Le Préfet reçoit une délégation de manifestants
Des revendications qui ont été adressées au Préfet du Gers, Xavier Brunetière, qui a pris le temps de recevoir une délégation dans la journée. Des échanges jugés constructifs par la représentante du FNEJE 32. Dans le Gers, cette mesure devrait concerner plus de 530 professionnels de la petite enfance et près de 900 assistantes maternelles.
E.R