Il fait partie de cette poignée de Gersois en passe de revêtir le maillot frappé du coq cet été lors des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris. Dans un sport méconnu et loin d'avoir son rond de serviette dans l'hexagone méridional, son parcours sort du lot et pourrait aider la discipline à poursuivre son essor en terre gasconne. Portrait de Lucas Montécot, formé au L'Isle-Jourdain Hockey Club et membre de l'équipe de France de hockey sur gazon.
Il a beau être international dans un sport collectif, olympique qui plus est, son nom est probablement étranger à la plupart des esprits gersois, pas des moins cocardiers pourtant. Au pays où le rugby est roi et où le football demeure le sport le plus pratiqué, c'est sur un autre gazon de 50 par 90 mètres qu'il a jeté son dévolu. Pas le gazon qui vous vaut la une des quotidiens, ni même l'entrefilet des hebdomadaires. Plutôt le gazon qui n'en a que le nom quand vous passez la moitié de l'année à faire vos gammes en salle, sur du lino et en effectif réduit.
Lucas Montécot a commencé le hockey dans le Gers, et c'est presque un exploit en soi, une chimère même, s'il avait vu le jour dix ans avant l'an 2001 qui l'a vu naître. Son odyssée débute à L'Isle-Jourdain il y a un peu moins de deux décennies, dans le club pionnier du département fondé par … son père, Stéphane, en 2006. Faute de pelouse adaptée à l'époque – le hockey se dispute sur un synthétique humidifié, sans billes ni sable – le jeune Lucas tâte de la crosse entre quatre murs et deux matchs de foot, son autre passion. C'est en 2016 que la sympathique aventure prend une autre tournure. Repéré au niveau fédéral, il bénéficie d'un quota offert aux jeunes talents issus de clubs hors de la sphère d'influence belgo-néerlandaise.
Direction la région parisienne, le Pôle France u18 du CREPS de Châtenay-Malabry, et rapidement ce constat : il n'est pas au niveau. « Je suis arrivé en ayant un niveau très très bas. Je savais très bien que je prenais la place de ceux qui avaient un niveau bien meilleur, des régions Pays-de-la-Loire, Île-de-France ou Hauts-de-France. J'ai dû batailler très fort, je me faisais des séances tout seul le week-end pour rattraper mon retard ». Exilé loin de sa famille, il prend finalement ses marques dans la Petite Couronne à force de résilience, et les premiers lauriers finissent par tomber. De sélections, tardives, en équipe de France jeune – dont cette troisième place mondiale u21 en 2021 – en succès nationaux avec son club de Montrouge, le Lislois devient un nom qui ne fait plus rire au mileu des Lillois.
« La concurrence est assez rude mais je ferai tout pour être sélectionné »
« Métronome de l'équipe » à son poste de demi défensif, Lucas Montécot est dans le tempo. Arrivé comme partenaire d'entrainement en sélection nationale sénior en mars 2023, il intègre le groupe élargi puis le groupe « match », avec au bout une première en bleu le 23 juin à Saint-Germain-en-Laye face à une solide équipe australienne. Succès 4 à 1 et un but pour le Gersois, devant un parterre de proches présents en nombre dans les Yvelines en cette journée olympique. « Un moment très important » confie-t-il. Un signe des choses à venir peut-être ? Désormais installé dans cet autre XI de France avec lequel il dispute en août 2023 la Coupe d'Europe, Lucas Montécot est plus que jamais en passe de fouler le gazon bleu d'Yves-du-Manoir dans quelques mois. « Je suis encore dans le groupe jusqu'aux dernières sélections. Là on est un peu plus d'une vingtaine et il n'en restera plus que seize sur la feuille de match, plus deux réservistes. Sur une Coupe d'Europe ou du Monde c'est dix-huit joueurs plus deux réservistes, donc ça enlève deux joueurs et des possibilités, mais on y croit. La concurrence est assez rude mais je ferai tout pour être sélectionné ».
Intégrer l'équipe de France depuis le Gers n'a déjà rien de commun, mais faire partie de l'effectif sous les anneaux serait encore un petit peu d'Histoire supplémentaire. L'équipe de France traine sa crosse depuis 1972, Munich, et sa dernière participation à la grand messe du sport. Lucas Montécot a conscience de l'importance de la campagne de Colombes pour sa discipline, la « plus sous-côtée, et surtout en France ». Une épopée héroïque pourrait être l'électrochoc nécessaire. « En fait le plus dur au hockey c'est de faire venir les gens. Quand on a fait ça on a fait 90% du boulot pour les faire apprécier. C'est un sport trop peu connu, avec des règles pas trop compliquées, facile à voir, spectaculaire, qui englobe toutes les qualités qu'un sport peut avoir et qui ne demande qu'à être aimé ».
Pour se donner toutes les chances de devenir un des porte-drapeaux du hockey français, Lucas Montécot s'astreint à un rythme de vie entièrement tourné vers le terrain. « Avant je revenais assez souvent dans le Gers mais plus depuis deux ans. Le hockey me prend énormément de temps, tous les week-ends à cause du championnat ou de l'Equipe de France ». Avec son club du CA Montrouge 92, où il vit « extrêmement bien », il survole le championnat de France, et n'envisage pas encore de rejoindre les divisions plus cotées du Benelux. Pour le Gers une petite entorse est prévue le 18 mai prochain, à l'occasion du passage de la flamme olympique à L'Isle-Jourdain. « C'est la ville de mes débuts, j'étais obligé de répondre positivement à cet événement, en plus ça sera aussi l'anniversaire de mon père, une pierre deux coups ».
V.M