Gers : la banque alimentaire a "atteint son plafond de verre"

09 septembre 2023 - 09:44

C'est malheureusement le thème de la rentrée. Les organismes de redistribution n'ont pas le vent en poupe. La banque alimentaire du Gers tenait vendredi une réunion de travail en compagnie de ses vingt-huit associations partenaires. Objectif : évoquer les problématiques d'approvisionnement et les pratiques de distribution de denrées alimentaires.

Les 452 tonnes de denrées alimentaires distribuées en 2022 font figure de record pour la banque alimentaire du Gers. Le genre de records dont se passerait bien le président de l'association, Pierre Buffo, qui évoque sans ambage la finitude des ces plateformes logistiques associatives, acteurs importants du monde de la « charité » mais vouées à disparaître dans un monde idéal. Reste que l'époque où les banques alimentaires rangeront le tablier semble loin, alors qu'elles semblent continuer à gagner des attributions avec le temps : « c'est nous qui distribuons avec des camions quotidiens maintenant. Quand je suis arrivé dans les années 2000, les gens venaient avec leur voiture et mettaient ça (la nourriture) dans le coffre. Puis ils sont passés au Kangoo, puis au Master et maintenant c'est nous qui livrons avec un 1,5 Tonne ».

La métaphore peut prêter à sourire mais elle est révélatrice d'une fuite en avant qui touche autant le monde de la redistribution que celui de la grande distribution. « On a atteint un plafond de verre » résume pourtant le président.

Responsabiliser la distribution

Tenue par les mêmes exigences que le reste du monde de l'alimentation, la banque alimentaire a dû faire évoluer ses pratiques, en termes de traçage des denrées notamment, et Pierre Buffo tient à rappeler que dans le fonctionnement, rien ne différencie foncièrement son association d'une entreprise « de 16 salariés ». Tâche donc à l'écosystème de la distribution de repenser des habitudes peut-être trop ancrées. D'où l'intérêt de la discussion organisée avec les vingt-huit associations partenaires – antennes de la Croix-Rouge, centre communaux d'action sociale (CCAS), épiceries sociales – pour penser l'évolution vers un système plus efficient.

« Si on ne regarde pas la façon dont on distribue on va au devant de difficultés. Il faut accompagner les bénéficiaires en matière de réinsertion. Notre leitmotif c'est de convaincre tout le monde qu'il y a peut-être dans les associations des gens qui sont susceptibles de retourner à l'emploi. Le moyen de régler la précarité alimentaire c'est de trouver du travail aux gens. Et c'est lors de la distribution de l'aide alimentaire que les gens sont les plus réceptifs à leurs besoins ». Conditionner dans une certaine mesure l'aide apportée aux bénéficiaires c'est aussi responsabiliser les acteurs, à tous les niveaux de la chaîne alimentaire.

« Nous militons pour la mise en place d'épiceries sociales qui sont un peu des structures intermédiaires. Il y aura toujours des distributions gratuites parce qu'il y aura toujours des gens en difficulté et l'impossibilité d'en sortir. Mais avec les épiceries on peut cadrer, mieux suivre, mieux accompagner les gens ».

« Faire goûter aux gens le bénévolat »

Encore faut-il pour cela que la structure du système tienne. Toujours plus de denrées récoltées pour toujours plus de bénéficaires, mais un bénévolat pas extensible, bien au contraire. « On a un bénévolat qui de manière générale à tendance à vieillir. Sur 40 bénévoles la moyenne d'âge est à 71 ans. Quand on doit remuer 450 Tonnes dans l'année … ».

Antienne mainte fois répétée mais toujours aussi impossible à négliger. Le constat de Pierre Buffo n'est toutefois pas une plainte lancée en l'air et le président entrevoit des solutions pour inciter plus d'hommes et de femmes à mettre le pied à l'étrier du bénévolat, citant par exemple le concept de mécénat de compétences. « On s'inspire de ce qui se fait dans les grandes entreprises où à deux ans de la retraite on met les salariés à la disposition d'associations. L'idée c'est de dire pourquoi pas dans le Gers ? Dans les entreprises de moins de 30 salariés, avec non pas deux ans mais six mois, trois mois avant la retraite, pour goûter au bénévolat ? Nos deux députés ont trouvé ça très intéressant. A trois mois de la retraite c'est un peu un cadeau d'adieu de l'entreprise ».

La prochaine collecte nationale aura lieu le 24 et 25 novembre. Un événement où Pierre Buffo compte bien mettre en exergue la responsabilité à laquelle il tient : « il faut que les bénéficiaires se mobilisent aussi. Plus on collectera plus ils en bénéficieront. Notre objectif c'est de récupérer 50 tonnes de denrées, ce qui n'est pas une paille ». On ne pourra pas leur reprocher de ne pas avoir cherché la poutre.

V.M

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article