Auch : la clinique privée de Gascogne placée en redressement judiciaire, "les jours sont comptés" s'inquiètent des représentants du personnel

10 septembre 2022 - 06:00

Quel avenir pour la clinique privée de Gascogne d'Auch ? L'inquiétude grandit chez les 110 salariés après son placement cet été en redressement judiciaire. Conséquence d'une situation financière particulièrement délicate, avec plusieurs millions d'euros de dettes. Une course contre la montre est enclenchée pour éviter la liquidation judiciaire. Justine Boyer, infirmière et secrétaire Force ouvrière au sein de la clinique, revient sur la situation. 

Quelle est la situation autour de la polyclinique de Gascogne

"La clinique de Gascogne est une clinique privée qui compte aujourd'hui près de 110 salariés, dont 60 praticiens. On a été placé en redressement judiciaire le 11 juillet dernier après plusieurs mesures de sauvegarde mise en place depuis un an. Malgré tout, l'activité continue, le bloc opératoire tourne normalement, les rendez-vous avec les spécialistes également. Mais, le groupe Clean Avenir va céder la clinique ou du moins arrêter l'activité de la clinique en son nom dès qu'une solution est trouvée. La clinique est actuellement placée sous tutelle du tribunal de commerce."

Est-ce qu'il existe aujourd'hui une voire plusieurs solutions pour sauver la clinique ? 

"Au moment du redressement judiciaire, il y a eu une rencontre avec M. Jaffre, le directeur régional de l'ARS d'Occitanie. Il a proposé une solution qui était très intéressante pour la clinique, le département et tous les salariés. C'était de continuer l'activité comme elle est actuellement, dans les mêmes locaux, avec tous les salariés et toutes les spécialités, et médecins, et chirurgiens libéraux. Tout cela grâce à un rachat par l'hôpital d'Auch de la clinique et une création d'un groupement de coopération sanitaire. Donc, l'activité deviendrait une activité publique avec par contre des chirurgiens libéraux et des salariés privés. C'est vraiment la solution qui nous a paru la plus intéressante, une des seules solutions proposées jusque-là."

Quelle a été la réponse de l'hôpital d'Auch concernant ce projet de rachat de la clinique et de création d'un groupement de coopération sanitaire ? 

"Fin juillet, lors d'une réunion avec l'hôpital d'Auch, pour commencer le travail autour de ce groupement de coopération sanitaire, la direction d'Auch s'est clairement positionnée contre la création d'un GCS avec la clinique de Gascogne. Du coup, les salariés aujourd'hui sont très inquiets. On souhaite vraiment alerter la population du Gers. Ce ne sont pas seulement nos 110 emplois qui sont menacés, mais c'est également le soin dans le Gers. Il faut savoir que le bloc opératoire de la clinique de Gascogne réalise près de 190 actes chirurgicaux par semaine, plus de la moitié des chirurgies qui sont réalisées sur le département. Je ne pense pas que ce soit un département qui puisse se permettre de perdre la moitié de ses chirurgies comme ça. On fait de l'urologie, de l'ophtalmologie, de la stomatologie, du vasculaire, il y a beaucoup de spécialités chirurgicales qui sont réalisées uniquement à la clinique, et d'autres à l'hôpital. On est vraiment complémentaire. Du côté des salariés, on a du mal à comprendre comment on ne pourrait pas travailler ensemble, alors qu'on travaille déjà ensemble au quotidien. Le scanner est déjà partagé entre la clinique et l'hôpital. Notre service d'urgence, l'AMC s'est mis en lien avec le service d'urgence de l'hôpital durant l'été. Il y a eu des transferts qui ont été effectués. Par le passé, c'est vrai que la cohabitation a pu être un peu bancale, mais qui aujourd'hui fonctionne bien. Il y a eu une dynamique qui s'est enclenchée depuis quelque temps avec l'ARS et pendant le COVID aussi. Certains salariés privés sont allés travailler à l'hôpital public ou dans les hôpitaux périphériques pour donner un coup de main pendant que l'activité chirurgicale était arrêtée. Et aujourd'hui tout cela ne fonctionnerait plus ? Alors que c'est l'avenir des emplois et du soin, c'est incompréhensible."

Est-ce qu'on peut affirmer aujourd'hui que les jours de la clinique sont comptés ? 

"Bien sûr que les jours sont comptés avec un redressement judiciaire. Il y a une certaine temporalité et un calendrier à suivre. Cela a déjà commencé début juillet avec une première période d'observation sur six mois qui peut être renouvelés jusqu'à deux fois au maximum, si un projet est trouvé, sinon ça pourrait être un arrêt de l'activité, ce qui serait terrible. On espère vraiment que les politiques de la région vont soutenir la clinique et l'activité et soutenir ce projet de groupement de coopération sanitaire, parce que c'est la solution la plus intéressante pour le Gers et les emplois de la clinique."

Vous en voulez à votre actionnaire Clean Avenir de cette situation ?

"Du côté des salariés syndiqués chez FO on est pas du tout dans une démarche de rancœur envers les actionnaires. On a de très bonnes relations avec eux. Ils sont arrivés très sincèrement en ayant envie de construire quelque chose. Quand ils ont racheté en 2017, on était 80 aujourd'hui on est près de 110 salariés. On fait au quotidien du soin de qualité. Dans mon service, où on était depuis des années à deux infirmières par jour, on est désormais passé à trois. Pour nous, c'est une vraie qualité de soin depuis leur arrivée. Ils ont donné beaucoup d'argent, mais aussi de l'investissement et le financement de formations pour les salariés. J'espère maintenant que Clean Avenir nous soutiendra jusqu'au bout dans cette période difficile, et que s'il faut remettre une dernière enveloppe pour tenir le coup et ne pas sombrer j'espère qu'ils seront là. Pour l'instant, ils sont présents, il faut que ça continue et qu'il nous appuie pendant la création de la nouvelle structure de Gascogne."

Une fermeture de la clinique de Gascogne peut-elle avoir des répercussions sur le projet de construction d'un nouveau centre hospitalier à Auch ?

"C'est ce que dit l'ARS, c'est ce que tout le monde dit. Tout d'abord, parce qu'il y a un travail de collaboration entre les deux établissements. Il y a des patients qui sont opérés à la clinique, qui sont rééduqués à l'hôpital. Il y a de la cancérologie faite à la clinique et dont les patients sont suivis à l'hôpital. Il y a une vraie collaboration, et quand on perd de la chirurgie dans un département ça impacte fortement l'offre de soins."

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La direction de l'hôpital d'Auch, par la voix de sa directrice Sylvie Lacarriere, a tenu à réagir sur les propos du syndicat FO sur la proposition de création d'un groupement de coopération sanitaire avec le centre hospitalier d'Auch, qui permettrait selon le syndicat de sauver l'hôpital.

Sylvie Lacarriere, directrice du CH d'Auch : 

"Il y a de l’agitation autour de l’avenir de la clinique et son personnel est inquiet et nous pouvons le comprendre. La clinique est en redressement judiciaire et souhaiterait maintenir son activité à l’identique dans ses locaux, mais en associant l’hôpital avec la création d’un GCS. A ce stade, il nous parait évident avec l’ARS qu’un tel projet ne peut être soutenu, car il mettrait le CH d’Auch en difficulté financière. Nous avons organisé une réunion médico-administrative fin juillet et leur avons proposé d’ouvrir nos portes aux chirurgiens qui souhaiteraient poursuivre leur activité libérale à l’hôpital.

Nous avons également évoqué la possibilité de recruter le personnel soignant intéressé. Cette proposition nécessitera des compromis d’organisation du bloc opératoire de part et d’autre, mais cela est possible. Nous avons également évoqué la possibilité de leur présenter un contrat d’activité médicale libérale, comme nous le faisons avec certains médecins. Ils n’ont pas accepté cette proposition, car souhaitent maintenir leur activité dans les locaux de la clinique de Gascogne en maintenant leur organisation actuelle.

L’ARS et l’hôpital ne peuvent être favorables à une telle demande qui ne règlera pas les problèmes financiers de la clinique (loyer…) et qui engendrera des dépenses importantes pour l’hôpital. L’objectif que nous défendons est de maintenir une offre de soins pour la population gersoise en associant les médecins de la clinique à poursuivre leur activité à l’hôpital. D’autre part, depuis le mois de septembre 2021, nous avons organisé tous les mois une réunion avec la clinique pour envisager leur intégration dans le cadre du projet de reconstruction de l’hôpital."

E.R

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