Le parlementaire lectourois François-Michel Lambert, député écologiste des Bouches-du-Rhône, veut mettre un terme au « plastique pétrole » d'ici 2030. Selon lui, l'objectif est atteignable en moins de 10 ans « à condition d'avoir la volonté politique ». Entretien.
Le « zéro plastique », une mesure vraiment possible ?
Non, ce n'est pas possible. Notre société est fondée sur la présence de ce matériau fantastique et la crise sanitaire a démontré qu'il nous a apporté des moyens importants pour lutter contre la contamination, même si la vaccination reste le meilleur des moyens à mes yeux. Mais le plastique peut être fabriqué à partir de végétaux ou de plastique recyclé. Ce que je sais, c'est qu'on a les moyens pour sortir de cette société de plastique abondant qui sort du robinet du pétrole, et qui déborde dans les mers et océans. Et ces plastiques vont nous polluer pour des siècles.
« Il faut avoir une volonté politique pour en sortir dès 2030 » selon vos propos. C'est faisable ?
Oui, c'est un peu comme la voiture. En 2035, la voiture thermique ce sera terminé, on ne pourra plus en vendre. Il y a 5 ans, quand on imaginait cet objectif, on disait que ce serait impossible. Mais l’Europe a voté pour que la voiture à base de pétrole se termine. C'est pareil pour le pétrole qui sert à la production du plastique, on peut imaginer qu'en 2030 on interdira l'usage du pétrole.
La France génère 4,5 millions de tonnes de déchets chaque année. Le pays est bon ou mauvais élève si on le compare avec le reste du monde ?
Il ne faut pas comparer, on est meilleurs ou moins bons. Moi, c'est l'environnement qui m'interpelle et le plastique, contrairement au CO2, est une question territoriale. Il y a des microparticules dans notre air, dans nos rivières et mers. Cela vient de la France et c'est à nous d'impulser une dynamique. La méditerranée, en 2030, sera quasiment morte car c'est la mer qui supporte le plus la pollution plastique au monde. 7 fois plus que les autres mers du monde.
Il est rare de trouver aujourd'hui des poissons sans plastiques dans le corps.
Les poissons, les mammifères, l'eau et l'air aussi. On en trouve partout, y compris chez les êtres humains. Mais c'est davantage risqué chez les animaux de plus faibles tailles et qui menacent de disparaître. Y compris pour les planctons. Toutes les études montrent que certains ont plus d'un tiers de plastique dans leurs corps, ils meurent avant de se reproduire. Sans planctons, il n'y a plus de poissons, plus de baleines. L'être humain, en haut de la chaîne, va avoir de grandes difficultés pour survivre. Il y a urgence à remettre le plastique à sa juste place.
On a vu apparaître un nouveau continent dans le pacifique nord. Un vortex de déchets. C'est une image qui interpelle sur la pollution des plastiques mais est-ce suffisant ?
Beaucoup d'espaces deviennent des macrodéchets du fait des courants marins. C'est couvert de plastiques. Ce qui est pire encore, ce sont les microplastiques qui eux sont partout. Cela résulte du fait qu'on mette du plastique dans tout et rien, c'est ça que nous devons travailler. Malheureusement, ces vortex de plastiques énormes dans nos océans, ce sera la nature qui les fera disparaître dans un siècle et non sans conséquences. Le dérèglement climatique et la pollution plastique sont les deux grands périls qui pèsent sur la planète.
N.M