Dans le Tarn-et-Garonne, l’émergence d'un collectif pour lutter contre le harcèlement et accompagner les victimes. Le comité Stéphane, baptisée après son fondateur âgé de 15 ans, compte une trentaine de bénévoles. Stéphane et eux, tous victimes de harcèlement, misent sur leur propre expérience pour remettre les autres en confiance. Entretien.
Que fait exactement le comité ?
Alors déjà, c'est un comité de toute la France, on fait du distanciel donc on peut être contactés de partout et sur tous les réseaux sociaux. Pour moi, personne n'a le droit d'être victime de harcèlement, de tout type d'harcèlement.
Ce qu'on fait surtout c'est aider à reprendre confiance, ce qui peut être très compliqué. On discute, sur une forme en distanciel souvent. On va aussi bientôt démarrer des interventions dans les établissements scolaires. On fait également quelques publicités pour les écoliers, pour être davantage dans une relation avec les élèves. Pour aider les situations les plus compliquées, par exemple des victimes qui se font des idées et veulent aller jusqu'au point de faire des tentatives, on met en contact avec un professionnel pour que la personne soit vraiment aidée.
Comment évoluent les situations avec l'aide du comité ?
Lorsque la victime est suivie, on fait appel à son établissement. Si le harcèlement ne cesse pas il risque d'y avoir des plaintes. Après on ne se permet pas de contacter la personne qui harcèle, ça c'est niveau gendarmerie. Sur le Tarn-et-Garonne, on peut aussi faire appel à d'autres comités et associations qui peuvent intervenir. Le souci pour porter plainte c'est que malheureusement, le suivi n'est pas systématiquement fait. Les preuves peuvent notamment être supprimées.
Des conseils que vous donnez régulièrement aux personnes victimes de harcèlement ?
Moi je suis encore victime de cyberharcèlement. Un conseil c'est d'ignorer, de ne pas regarder certaines personnes ou même de les bloquer. Lorsqu’on les voit, on peut dire bonjour respectueusement et avec politesse mais pas au-delà au point de se sentir mal dans sa peau et complexé. Le harcèlement en général peut aussi aller jusqu'à développer des dépressions. La covid-19 y a aussi joué. J'entends beaucoup une détresse et un manque d'aide ressentis par les jeunes qui se fient à nous. Notre comité a énormément de contacts, donc on peut vraiment aider certaines personnes en manque de confiance.
Et tu as toi-même été victime de harcèlement.
Oui de harcèlement d'abord puis de cyberharcèlement.
Pour trouver des solutions sur les premiers cas de harcèlement, j'en ai parlé à la direction, qui m'a demandé des preuves que je n'avais pas. Je me suis renseigné auprès du numéro 3018 qui m'a indiqué précisément que j'étais victime de harcèlement. Mes parents se sont doutés que quelque chose n'allait pas et mon oncle ma invité chez lui au bout d'une semaine. J'ai pu me confier à lui avant que mes parents ne sachent la vérité. La direction du collège n'a pas voulu nous parler. Donc nous sommes allés voir la CPE, qui a pris nos témoignages et en a parlé à la direction qui, seulement après toute la démarche, a cru au harcèlement que j'avais vécu. Mon père et mon oncle ont déposé une plainte.
Les parents des harceleurs ont été convoqués avec leurs enfants. Il y a eu des mesures, qui n'ont pas été stricte, c’est dommage... Ensuite je suis parti dans un autre établissement en internat pendant deux ans où je souffrais beaucoup. Là j'ai été victime de raquettage. Mes parents sont allés se plaindre et là l'histoire a cette fois été réglée rapidement.
Et concernant le cyberharcèlement ?
Au début c'était compliqué de ne pas répondre. Je ne pouvais pas porter plainte parce que je n'avais pas les preuves, à chaque fois j'avais trop peur donc je les supprimais sur mon téléphone. Maintenant j'arrive mieux à ignorer. Au final, ça m'a appris que je n'étais pas parfait et qu'il faut faire très gaffe à ce que l'on fait sur les réseaux sociaux. Mais je n'ai jamais fait de mal à qui que ce soit. Donc c'est vrai que quand certaines personnes se permettent de se moquer, du physique notamment, déjà là ça fait mal. Mais au delà, les gens font passer de faux messages et se permettent d'insulter. Je trouve ça injuste que les gens se permettent de se moquer comme ça.
N.B.