Le manager du club de Nogaro, Laurent Sousbie, a récemment été nommé coach de l'équipe masculine belge de rugby à 7. Une double casquette pour celui qui avait déjà entrainé le Maroc et le S.U. Agen. Avec des objectifs importants en ce début d'été.
Pour le quidam Belgique ne rime pas tout à fait avec rugby. Chez le connaisseur les noms de Vincent Debaty ou Thibaud Flament émergeront peut-être, probablement pas ceux de Gaspard Lalli ou Nathan Bontems. Le plat pays se démarque pourtant ces dernières années par ses résultats sur le circuit européen en rugby à 7, et commence à pointer le bout du nez à la porte de l'élite mondiale.
Nommé coach de l'équipe masculine fin mai, Laurent Sousbie a à peine eu le temps de poser ses valises au pays de Tintin qu'il était lancé dans un tryptique décisif pour le rugby belge. Deuxième échéance épinglée au calendrier chargé de ce début d'été, les Jeux Européens de Cracovie (25-27 juin), hôtes du tournoi de qualification olympique, font figure de Graal. Dans un sport qui a récemment gagné les lettres de noblesse des cinq anneaux, participer à la grand-messe du sport international constitue un moyen de se distinguer de son homologue joué à quinze. En Belgique, une qualification marquerait un moyen de faire la lumière sur le rugby, tout simplement. « Forcément c'est important, même si on est loin d'être les favoris. L'objectif va être de bien figurer parce que c'est toujours intéressant de vivre à fond cet événement ».
Une expérience pas inconnue du Gersois, qui avait pris part au tournoi de qualification africain avec le Maroc en 2015. A l'époque il avait fallu construire, quasiment de zéro, les fondations d'une équipe. Cette fois, le terreau est plus fertile, « il y a quand même un groupe de joueurs qui est très motivé pour le 7, ils le montrent depuis des années. Juste avant que je prenne la main ils sont allés en Afrique du Sud pour disputer les Challenger (deuxième division mondiale) où ils ont fini deuxièmes. Ils ont failli se qualifier pour les World Series (où évolue l'équipe de France) quand même ».
Même si l'alléchante perspective de fouler la pelouse du Stade de France en 2024 donne un lustre particulier à la compétition polonaise, Laurent Sousbie n'en fait pas une fin en soi. Face à une concurrence autrement plus rompue au très haut-niveau (Irlande, Grande-Bretagne, Espagne), obtenir l'unique ticket offert pour les Jeux rélève moins de l'ambition que du rêve.
« L'objectif ça va être de gagner au moins une fois une grosse équipe »
Avec un soutien important des instances fédérales le songe est néanmoins permis pour le rugby outre-Quiévrain. Au regard des grosses écuries européennes le projet a des allures d'ascète, mais le 7 belge peut s'appuyer sur « une façon de travailler et des infrastructures » avec notamment des stages au siège du comité olympique. Si l'horizon 2024 paraît arriver trop tôt, les flammes qui s'illumineront à Los Angeles et Brisbane servent déjà de sémaphores aux coéquipiers de Ryan Godsmark.
Avec cet objectif en bonus, les efforts du staff demeurent focalisés sur les deux étapes du Championnat d'Europe (en Algarve du 9 au 11 juin et à Hambourg du 7 au 9 juillet). La première, au Portugal il y a deux semaines, ne s'est pas forcément déroulée comme escomptée. La faute à un tirage au sort particulièrement peu équitable pour les Belges (une poule Irlande, Grande-Bretagne et France, avec une équipe développement où évoluait le Lislois Aurélien Chaumont) : « c'était une anomalie qu'on se retrouve dans ce groupe, parce que la Belgique avait très bien figuré l'année dernière. C'était la poule de la mort. La preuve : les trois autres équipes ont fini dans les quatre premiers du tournoi. Malgré ça on est monté en puissance tout le long, on a failli réaliser un bon résultat contre la Grande-Bretagne (9-17), ça s'est joué à pas grand chose, on échoue à cinq points contre la France (12-17) ... ». A l'arrivée les Rouge et Noir terminent neuvièmes de cette première étape et, en dépit de belles copies, le bilan comptable n'y est pas. « On a un gros tournoi à réaliser (à Hambourg), il faudra forcément sortir des poules et essayer de créer l'exploit en quarts ».
« On a vécu une année extraordinaire à Nogaro et pour moi ça se poursuit avec cette aventure en Belgique »
Contrairement à leurs homologues féminines, les joueurs belges ne sont pas salariés, et évoluent donc à XV, pour un tiers dans les divisions inférieurs en France. Un facteur limitant dans le développement d'un effectif compétitif sur la scène internationale, d'autant que le rugby à 7 (comme le XV) ne permet que difficilement l'arrivée de nouvelles nations à la table des habitués. Pour parvenir au niveau des meilleurs, il faut jouer, mais les options sont limitées ; hors des prestigieuses World Series, les équipes émergentes disputent les Challenger Series, l'antichambre mondiale de l'élite. Encore faut-il se qualifier. D'où la nécessité pour les hommes de Laurent Sousbie de briller à Hambourg début juillet, et de clore ces Championnats d'Europe (qualificatifs pour les Challenger) dans le trio de tête. « Avec peu de moyens et peu de temps on peut réaliser des grandes choses. Rien qu'en un tournoi et quelques stages ils ont progressé, la marge est assez grande » soutient le manager à la double casquette Belgique/Nogaro.
Un Antoine Dupont aux ambitions olympiques aimerait montrer que de XV à 7 il n'y a qu'un pas. Laurent Sousbie lui, a déjà franchi le gué plus d'une fois. Et il continue de le faire avec succès. Toujours manager de l'A.A. Nogarolienne, le coach « belge » a vu son club de cœur rallier la Fédérale 2 à l'issue d'une saison pleine. « C'était une superbe année. Ca fait deux ans qu'on voulait monter, on fait un quart-de-finale en perdant contre, je pense, les champions de France (Aubagne qui dispute ce week-end la finale de Fédérale 3) ... ».
De son « petit club de 2000 habitants » au rugby d'un pays plus connu pour ses performances en hockey sur gazon, le parallèle est aisé. Des moyens limités mais pas mal de cœur et de travail. « On a vécu une année extraordinaire à Nogaro et pour moi ça se poursuit avec cette aventure en Belgique ». En attendant la convergence des résultats ?
V.M