Mobilisation à Auch ce matin dans le cadre de la journée nationale de lutte contre les violences faites aux femmes, à l'initiative du Café féministe.
« Où est l'argent contre les violences faites aux femmes » ? Les prises de paroles se succèdent place de la Cathédrale à Auch en ce samedi de journée nationale de lutte contre les violences faites aux femmes, avec le même dépit dans la voix des membres du café féministe auscitain, qui entament une longue litanie sur les insuffisances d'un « système patriarcal » qui restreint les femmes « au travail reproductif, celui de la santé et de l'éducation ». Cyber-harcèlement, moyens alloués aux structures d'aide aux victimes, paupérisation des femmes seules (la réforme du RSA est épinglée), place des discours « réactionnaires » dans les médias ; pour les militantes féministes les phénomènes sont nombreux, la cause culturelle et les conséquences tragiques pour les femmes victimes de violences. Un « féminicide » recensé dans le Gers en 2023 (à Préchac-sur-Adour), plusieurs centaines en France chaque année.
« Que les politiques mettent en place dans les écoles une éducation aux garçons, aux filles aussi ».
C'est d'ailleurs par là que le collectif à l'origine de la mobilisation a souhaité commencer la manifestation, pour montrer que derrière les mots se cachent aussi les affres du réel. Les prénoms de dizaines de femmes, mortes sous les coups de conjoints, ex-conjoints, « amis éconduits », s'enchainent, prononcés par des badauds volontaires, et entendus par l'ensemble du marché qui anime la haute-ville d'Auch chaque samedi matin. « Plus jamais ça » reprend par la suite la foule, avant d'entonner une série de chants, odes à la liberté féminine. La liberté de choisir quand se laisser aller à un partenaire, la liberté de mourir, aussi.
Pour les militantes du café féministe, c'est tout un système qui est à repenser. « Les seules volontés politiques aujourd'hui c'est : que les femmes se démerdent. C'est à elle de prendre les initiatives pour que ça change. On aimerait que les politiques donnent des moyens financiers, matériels, humains pour sortir de cette situation » clame Christine Launay. En trame de fond, une remise en cause des fondements culturels d'une société qui laisserait les femmes sur le bas-côté. « Surtout, qu'on mette en place dans les écoles des éducations aux garçons, aux filles aussi, pour que ce système change. On revendique vraiment un changement de paradigme sur la société dans laquelle on vit » conclut-elle.
Le gouvernement joue la carte de la prévention face aux violences.
Du côté des autorités, cette journée nationale a été l'occasion de lancer officiellement une campagne d'information sur les secours et recours disponibles aux victimes via les poches à pain. Sur ces poches, des contacts en cas d'urgence mais aussi un « violentomètre », sorte d'échelle de Richter des relations (conjugales notamment), et outil de prise de conscience pour des victimes qui ignorent ou se cachent parfois une réalité toxique.
Les sacs à pain ont été distribués dans près de quatre-vingt boulangeries du Gers et sont accessibles aux clients lors de l'achat d'une baguette. Pour la propriétaire de la boulangerie auscitaine La Tropézienne, Mylène Jové, l'initiative est source de discussions, bien qu'aucun cas concret ne soit remonté à ses oreilles.
Le préfet du Gers, Laurent Carrié, revient sur cette action nationale :
Déclarée « grande cause nationale » (comme bien d'autres sujets), la lutte contres les violences faites aux femmes – fustigé comme un effet d'annonce par les militantes féministes – fait l'objet d'une déclinaison dans le Gers avec son plan départemental signé ce vendredi.
V.M