Harmonisation des programmes scolaires en primaire, mise en place de groupes de niveau au collège, passage au lycée conditionné par la réussite au brevet ; les mesures « choc » annoncées par le ministre de l'Education Nationale, Gabriel Attal, font grincer des dents dans le Gers.
« Les enseignants et les enseignantes du premier degré sont recrutés cadres A de la fonction publique, donc catégorisés dans un métier de concepteur. On est formé pour faire des leçons, construire des progressions à partir des programmes qu'on nous donne. On n'est pas des exécutants ». Constat amer de Betty Jean dit Tessier, représentante syndicale SNUipp-FSU, face à l'orientation donnée à l'école publique par son ministre, Gabriel Attal. Côté syndicat, la batterie de mesures annoncée par l'ambitieux locataire de la rue de Grenelle fait un peu figure de poudre aux yeux, voire même de crachat au visage d'une profession à qui on demande toujours plus, avec toujours autant, si pas moins, de moyens.
Parmi les mesures phares du plan « choc » dévoilé en début de semaine, un programme scolaire revisité en un temps record - dès la rentrée 2024 pour les classes de CP, CE1 et CE2. « Changer les programmes en six mois ? Ca va être un peu compliqué. Tout le travail de concertation qui a lieu d'habitude avec les chercheurs, les enseignants, les représentants syndicaux, ne va pas se faire. La simplification c'est bien mais l'appauvrissement dans les exigences ça ne l'est pas ». D'autant que les manuels de savoirs fondamentaux – français, mathématiques – seront désormais labellisés. Pas du goût Betty Jean dit Tessier, qui voit la liberté pédagogique subir les coups de boutoir verticaux de l'Education Nationale. « On ne sait pas faire notre métier, et donc il va falloir qu'on fasse comme on nous dit de faire uniquement sans réfléchir […] Le DASEN (directeur académique) qui se promène dans les CP et qui va vérifier que les enseignants font bien leur travail, je trouve ça scandaleux ! ».
« C'est une école du passé »
Pour la représentante syndicale, cette défiance à l'égard des enseignants est un frein aux mesures attendues par la profession : revalorisation du statut « il a été dit que ça suffisait ; on a assez augmenté les salaires, maintenant il va falloir travailler. C'est le message passé au niveau ministériel », et baisse des effectifs par classe.
Un constat secondé dans le secondaire par sa collègue Perrine Simonutti, représentante SNES-FSU. « Il n'y a pas de moyens supplémentaires. Les élèves ne vont pas avoir plus de français ou plus de mathématiques qu'avant mais la différence c'est qu'on va les mettre dans des groupes d'échelle 1 à 3, sachant que, les études le prouvent, mettre les élèves en difficulté ensemble ne les aide pas ». Pour la professeur de français, les groupes de niveau vont occasionner un mal-être chez les élèves et visent, comme le passage obligatoire du brevet pour rejoindre le lycée, à instaurer une sélection toujours plus précoce. « A terme on pourrait sortir les élèves de certaines disciplines dont on se dirait qu'elles ne sont pas nécessaires pour eux. Des élèves qui ne feraient pas de deuxième langue par exemple. On réduit l'ambition scolaire et on bouche leur avenir ».
Des élèves qui auront peut-être – assez paradoxalement – plus de chances que jamais d'embrasser la carrière de professeur dans un futur plus ou moins proche, avec un recours de plus en plus récurrent aux contractuels. « Le ministre va fermer à la rentrée 1709 postes nationalement dans le premier degré. Le métier n'est plus attractif et on va avoir des recours massifs aux contractuels qui ne sont pas formés au métier. Dans le Gers on a relativement de la chance parce que les contractuels recrutés sont souvent des jeunes qui ont préparé le concours. Pour autant ce n'est pas parce qu'on a préparé le concours qu'on est apte à enseigner » soupire, jaune, Betty Jean dit Tessier.
« On est en train de faire une école du tri social » résume la représentante SNUipp, « une école du passé, une école comme on l'avait dans les années 80 » ajoute Perrine Simonutti.
V.M