Tout le monde s'accorde sur le sujet : les moissons sont catastrophiques pour la filière céréales dans le département du Gers. Entre aléas de la météo, crise de la Covid-19 et des cours mondiaux très bas, Bernard Malabirade, le président de la chambre d'agriculture du Gers, tire la sonnette d'alarme.
Les avis sont unanimes : les moissons ne sont pas bonnes cette année...
Elles ne sont pas bonnes clairement, peut-être les pires jamais connues. C'est lié à une météo défavorable depuis l'automne avec l’implantation des céréales d’hiver. Peu ont été implantées et celles qui l'ont été, c'était des mauvaises conditions. Un hiver sans hiver, est un hiver sans gel. Et le gel quelques fois refait la terre. Pour le coup, il n'y a pas eu de gelées. Le printemps a été très humide et donc propice aux maladies sur ces productions. On est entre 20 et 50% de moins qu'une année normale après une année excellente en 2019. Les orges, le colza c'est pas mieux. Les cultures de printemps souffrent des coups de chaleur et du manque de pluviométrie.
Ce manque d'eau, est-ce la seule explication?
La moisson clairement, c'est la météo d'automne et du printemps qui n'a pas été favorable. Le manque d'eau depuis deux mois fait souffrir les plantes, on a pas trop de limitations dans le Gers pour le moment mais on aura du mal à aller au bout. La trésorerie est déjà catastrophique, on lance une alerte pour que les pouvoirs publics accompagnent le secteur.
Les stocks mondiaux de céréales sont élevés et les prix sont dans la fourchette basse...
On est dans situation depuis 4 ans sans incident climatique majeur. Ponctuellement, il peut y avoir des problèmes climatiques comme cette année mais on se retrouve avec des stocks mondiaux importants et les prix sont plutôt bas depuis de nombreuses années. Il n'y a pas de remontés à espérer pour le moment, d'autant que la crise sanitaire pourrait réduire la consommation mondiale, ce qui risque d'accentuer ce phénomène de prix bas.
La fin de semaine s'annonce chaude. Nous faisons face à des étés de plus en plus chauds, peut-être liés au dérèglement climatique. C'est une crainte pour l'avenir ?
C'est dur à dire, le Gers a toujours été marqué par des étés arides. Demain, encore plus. Oui, ça peut nous inquiéter, il faut privilégier des cultures d'hiver quand on n'a pas d'irrigation. Quand on en a, il faut reconnaître que les réserves sont insuffisantes, il faudra savoir les renforcer. On est lié au canal de la Neste. Il faut anticiper et prévoir de nouvelles réserves d'eau.
C'est un appel que vous lancez à la préfecture du Gers?
On l'évoque régulièrement. Le problème est que la procédure pour créer un ouvrage est compliqué, il faut la simplifier je pense. Le problème de l'eau est un problème d'urgence. Aujourd'hui c'est entre 6 et 10 ans pour une réserve d'eau, c'est un peu trop long. 3 ans c'est bien.
Mettre en place un fond d'urgence pour les agriculteurs du Gers comme certains ont pu l'évoquer, vous y êtes favorable?
Oui on est capable dans ce pays de venir mettre de l’argent pour des secteurs en difficulté. Pour le monde agricole il faut être capable de faire jouer cette solidarité nationale et je m'y joins complètement.
Propos recueillis par N.M