Illectronisme : " Cette crise a été une révélation" affirme le Sénateur Vall

Selon plusieurs études de l'INSEE, environ 40% des Français souffriraient d'illectronisme. Ce terme, récemment entré dans le Larousse, désigne l'illettrisme numérique. En clair : la difficulté, voire l'incapacité, que rencontre une personne à utiliser les appareils numériques et les outils informatiques en raison d'un manque ou d'une absence totale de connaissances de l'objet. Le Sénateur gersois Raymond Vall a rendu son rapport sur le sujet. Entretien.
 
 
Vous êtes à l'origine de la mission. Comment vous est venue le constat de l'illectronisme dans le pays ?
 
En décembre 2019 j'ai informé le groupe RDSE que, au vue de ce qu'il se passait sur les territoires ruraux en particulier, notamment la disparition des services publics, on avait de plus en plus de personnes -souvent âgées- complètement désorientées. Avec la suppression par les préfectures du traitement de cartes grises et du permis de conduire, brutalement, on a eu dans des territoires des milliers de demandes. Et les garagistes dans la plus grande improvisation ont dû se substituer à l'Etat. Fin 2019 toujours, les services fiscaux faisaient l'apologie de leur site mais ne recevaient plus personne physiquement. Ces exemples m'avaient exaspéré et j'ai fait une demande de mission auprès du Sénat. Elle a été acceptée et présentée en février 2020 puis traitée en mars dernier. En pleine pandémie, le problème s'est amplifié. Le 23 mars, le Sénat a validé la demande pour la mission dont jai été élu rapporteur.
 
 
Le constat est assez éffarant : 17 % des Français âgés de 15 ans ou plus seraient touchés par l'illectronisme.
 
Si on va un peu plus loin, 14 millions de personnes sont sur le bord de la route. L'INSEE publie une étude qui dit que, en dehors des gens qui ne savent pas se servir du numérique, il y a ceux qui le maitrisent mal. L'INSEE a défini 4 actions pour répondre à cette enquête notamment celle de consulter un compte en ligne ou encore envoyer un mail. 38 % n'en maîtrisent qu'un ou deux. Si vous rajoutez cette population, on se retrouve à 40% de la population qui est touchée par l'illectronomisme. Cet ensemble d'étude m'a fait voir que cette situation devait être qualifiée de « cause nationale ».
 
Certains fuient les nouvelles technologies volontairement, cette étude le prend en compte ?
 
Bien sûr. Ces études expliquent qu'à un certain âge pour certains, ça ne les intéresse pas ou ils n'en ont pas l'envie. D'autres n'ont pas les moyens financiers, il y a un problème matériel. La culture générale constitue aussi un handicap, il faut avoir des éléments intellectuels pour optimiser le numérique. A prendre en compte aussi que certains dans leur travail ne sentent pas le besoin d'intégrer le numérique dans leur profession. Et puis dernier point à tirer de cette enquête : ce n'est pas un problème que rural, certains sont aussi concernés dans les grandes métropoles.
 


Pour revenir sur cet épisode de crise sanitaire qu'on traverse encore aujourd'hui, le numérique, on l'a vu notamment dans les EHPAD, est un outil précieux qu'il faut dans ce cas de figure développer...
 
C'est presque indispensable. Cette crise a amplifié la coupure de cette population. Pendant le confinement les personnes d'un certain âge qui n'ont pas la capacité d’utiliser un smartphone, n'avaient aucun moyen d'avoir de la communication par image. Pareil pour l'ordinateur, et donc aucune possibilité d'un relais avec les services médicaux. Ils sont totalement isolés du reste du monde. Même chose pour l'emploi, cette crise a été une révélation: il faut du très bon débit pour continuer de travailler à distance. Sans parler du maillage de santé pour la télémédecine, il faut aussi des espaces dans les hôpitaux qui soient de très haut niveau. Il y a beaucoup d'enseignements à tirer sur ce confinement. 
 
Votre rapport finalement démontre des inégalités. Chaque français n'est pas logé à la même enseigne, qu'est ce qu'on peut faire pour y remédier ?
 
C'est ce que ma mission devra proposer, on doit rendre la copie au 30 septembre 2020. On est au milieu du parcours des auditions. En tous cas, on a dans notre région Occitanie un exemple important, c'est ce syndicat le SICOVAL, une sorte de grande communauté de communes près de Toulouse qui a mis en place un partenariat entre les collectivités, les opérateurs et les entreprises du numérique pour trouver un financement afin de lutter contre l'illectronomisme. On va la visiter au début du mois de juillet pour se renseigner. On a plusieurs leviers, autour de la Santé, de l'Education Nationale. Il faudra en tous cas que l'Etat prenne ses responsabilités dans ces démarches.