Gers : "une 2e motion de censure serait une catastrophe pour notre pays" alerte le député gersois Jean-René Cazeneuve

Voter un budget pour 2025, statuer sur l'avenir de la réforme des retraites, apporter des réponses à la colère des agriculteurs, les députés vont devoir trancher dans les prochaines semaines sur plusieurs sujets dossiers brûlants à l'Assemblée. Jean-René Cazeneuve, député de la 1ère circonscription du Gers, était de passage dans nos studios ces derniers jours pour évoquer les principaux dossiers de l'actualité locale et nationale en ce début d'année. Entretien. 

M. le député, cette année 2025 débute dans un contexte politique et budgétaire particulièrement instable, comment vivez-vous la situation ?

Jean-René Cazeneuve. "Je le vis avec gravité. Ce qui se passe dans notre pays est difficile pour nos concitoyens et nos entreprises, il faut sortir de cette crise politique le plus rapidement possible. La censure a coûté très cher à notre pays, avec notamment un déficit qui s'est aggravé. Il ne faudrait vraiment pas une deuxième censure, cela serait une vraie catastrophe pour notre pays et aurait de lourdes conséquences."

Une tension qui se ressent également dans les rangs de l'hémicycle avec des débats très houleux ces dernières semaines...

"Oui, il y a une grande tension. Mais, tous les Gersois que je rencontre ces derniers temps sur le terrain me disent 'calmez-vous à l'Assemblée'. Ils veulent de l'apaisement, et qu'on trouve un compromis, afin de sortir de cette crise le plus vite possible, car ils mesurent l'impact dans leur quotidien. Pour avoir un budget, il faut aujourd'hui trouver un accord qui va des Républicains au Parti socialiste, ça n'a jamais été fait sur la Ve république, donc c'est sur que ça génère des tensions. Mais j'espère vraiment qu'on arrivera à trouver un compromis."

Vous parliez du Projet de loi Finances 2025, vous allez avoir un rôle à jouer dans l'avenir du texte en siégeant dans la commission paritaire mixte, qui doit se réunir ce jeudi 30 janvier, une étape cruciale pour éviter une nouvelle censure du budget lors du vote à l'Assemblée dans les prochains jours, comment envisagez-vous cette échéance ?

"Je serais effectivement dans cette commission mixte paritaire qui va se réunir ce jeudi 30 janvier et qui a pour objectif de trouver un texte le plus consensuel possible. Cela risque d'être une réunion très longue, avec sept députés et autant de sénateurs, représentant toutes les sensibilités politiques. La complexité va être de trouver des équilibres qui vont du Parti socialiste jusqu'aux Républicains. Je tiens d'ores et déjà à annoncer que c'est un budget qui ne fera plaisir à personne. Ce ne sera pas un budget de gauche, ni de droite ni du centre, ce sera un budget qui va essayer de sauver l'essentiel pour que notre pays puisse avancer."

Un budget 2025 qui comprend d'importantes coupes budgétaires dans de nombreux secteurs (sports, culture, innovation, aide publique au développement), ces économies s'imposent-elles ?

"La dépense publique a augmenté de près de 100 milliards depuis 2019. Ça se retrouve dans le déficit de notre pays. Il faut savoir que les intérêts de la dette peuvent devenir à horizon 2027 le premier budget de notre pays. Ça n'est pas éthique vis-à-vis des générations qui suivent que de continuer à augmenter notre dette. Donc, ça veut dire qu'il faut réduire les dépenses publiques. Mais, quand on dit réduire les dépenses publiques, je tiens à apporter une nuance. Les budgets des collectivités territoriales continuent à augmenter, le budget de la sécurité sociale et des hôpitaux également, parce que la santé coûte de plus en plus cher. Mais, il faut réussir désormais à ralentir l'augmentation des dépenses publiques. Pour cela, il faut faire des économies un peu dans tous les domaines. Donc, c'est vrai que ce n’est pas un moment facile, mais c'est vraiment une obligation économique, et une obligation morale, vis-à-vis des générations qui suivent."

Autre chantier dans les prochaines semaines à l'Assemblée : la réforme des retraites. Le Premier ministre a entamé des concertations avec les partenaires sociaux sur le devenir de la réforme, que faire avec cette controversée réforme des retraites ?

"Je respecte le dialogue social, et je pense que le Premier ministre a eu raison de renvoyer vers les partenaires sociaux. Avec un calendrier extrêmement resserré, puisqu'ils ont moins de trois mois pour trouver de nouvelles pistes. Il y a deux contraintes qui s'imposent à nous : d'abord une réalité démographique que personne ne peut nier, il y a de plus en plus de retraités, et on vit de plus en plus longtemps. L'espérance de vie a augmenté d'un an depuis 2010, et c'est une très bonne nouvelle. Mais, le nombre d'actifs chargé de financer un nombre de retraités qui augmentent fortement, lui n'augmente pas. Moi, je veux sauver notre système de retraites par répartition, et faire en sorte que ça soit plus équilibré. Ma conviction, elle est basée sur les chiffres et les faits, c'est qu'il faut travailler plus. Alors est-ce que c'est l'âge de 64 ans ? Est-ce qu'on peut moduler cet âge ? Est-ce que c'est travailler plus dans le mois, dans l'année ? Je ne sais pas quelles sont les pistes qui vont sortir, mais je pense qu’il faut travailler un petit peu plus, cela va créer de la richesse, et si on ne le fait pas, on ne peut pas redistribuer, afin notamment de financer nos politiques publiques. J'espère toutefois qu'on trouvera des améliorations pour les carrières hachées, et ceux qui commencent à travailler jeunes, ce qu'on appelle les carrières longues. Il y a beaucoup de choses à faire pour accompagner nos concitoyens, mais la réalité économique s'impose à nous, si on veut sauver notre système par répartition."

L'année 2024 a été émaillée par des mobilisations d'ampleur du monde agricole, notamment dans le Gers, quel message avez-vous à adresser aux agriculteurs gersois toujours très inquiets pour leur avenir ?

"C'est terrible à dire, mais je pense qu'il n’y a jamais eu autant de difficultés qu'en ce moment pour nos agriculteurs. Je voudrais saluer le travail qu'ils font dans un cadre extrêmement difficile. J'ai vraiment beaucoup d'admiration pour nos agriculteurs et pour ceux qu'ils font tous les jours pour nous nourrir. J'ai notamment une pensée pour nos viticulteurs qui depuis maintenant 4 ans font face aux aléas climatiques et aux maladies. Je pense en ce moment au Domaine du Tarriquet, qui traverse une période difficile, je leur souhaite de rebondir rapidement. J'ai aussi une pensée pour tous les céréaliers. Je me suis battu pour obtenir des fonds pour soutenir le monde agricole, mais il faut qu'on aille encore plus loin pour les aider à traverser cette passe difficile. Il y a des mesures qui ont été promises, il y a un an par Gabriel Attal, lorsqu'il était Premier ministre, et malheureusement on n’a pas pu les mettre en œuvre parce qu'il y a eu la censure."

L'année 2025 sera marquée par l'avancée de plusieurs dossiers majeurs pour le Gers, l'achèvement du déploiement de la fibre optique, la poursuive des travaux de la mise en 2x2 voies entre Gimont et L'Isle-Jourdain, ou encore la rénovation-extension du centre hospitalier d'Auch, de bonnes nouvelles pour le développement économique et démographique du département ?

"Comme vous le savez depuis mon élection en 2017 je suis de très près le dossier de la RN 124, avec les Premiers ministres successifs. La symbolique de relier notre préfecture à la métropole toulousaine est extrêmement importante, notamment pour régler nos problèmes d'accès à la médecine. Sur la fibre, il y a un très gros travail qui a été fait par le département, aidé par des fonds importants de l’État. Cela illustre bien le fait qu'on ne peut réussir dans un département que si l'État et les collectivités travaillent ensemble. Tous ceux qui veulent opposer les uns aux autres se trompent. C'est bien un intérêt commun : le service public pour nos concitoyens. Il n’y a aucun projet dans le Gers qui se fait sans le soutien de l'État. Je prends notamment en exemple un autre projet majeur pour le territoire : l'extension-rénovation du centre hospitalier d'Auch, un projet extrêmement structurant pour notre territoire. L'Etat met beaucoup d'argent sur ce dossier. L'ARS, en lien avec la mairie d'Auch et la direction de l'hôpital font avancer ce projet, étape par étape. Le projet médical est déjà choisi, un certain nombre de prestataires ont été choisis. À l'horizon 2030, nous aurons un nouvel hôpital à Auch."

Vous avez depuis quelques semaines une nouvelle fonction, celle de président de la commission de surveillance de la Caisse des Dépôts, pouvez-vous nous éclairer sur les missions de cette instance financière publique ?

Des propos recueillis par Enzo Rousseau