L'inquiétude grandit dans les rangs des éleveurs bovins du Gers face à la maladie hémorragique épizootique (MHE). Cette maladie transmise par un moucheron piqueur, affectant les ruminants, a fait son entrée depuis la mi-septembre dans le sud-ouest de la France et gagne du terrain dans le Gers où les cas se multiplient ces derniers jours. En plus de faire des dégâts dans les élevages, avec des symptômes qui affaiblissent les bovins, cette maladie virale de la MHE, que certains surnomment "le Covid de la vache", engendre également de lourdes répercussions économiques pour la fillière, qui doit faire face à des restrictions commerciales et un protocole sanitaire strict à mettre en place dans les zones réglementées comme le Gers. Damien Latapie, éleveur bovin gersois, président du groupement de défense sanitaire bovin du Gers, qui regroupe près de 2000 éleveurs sur le département, et Bernard Malabirade, président de la chambre d'Agriculture du Gers, tirent la sonnette d'alarme et appellent le gouvernement à prendre des mesures urgentes pour soutenir économiquement et moralement la filière démunie face à cette nouvelle crise. Entretien :
Où-en-est-on aujourd'hui de la propagation de la MHE sur le Gers ?
Bernard Malabirade, président de la chambre d'Agriculture du Gers :
Il y a encore beaucoup d'interrogations autour de cette maladie qui affecte vos élevages ?
Damien Latapie. "Oui il y a une interrogation totale, la maladie n'a jamais été présente en France. Nous avons un sentiment d’impuissance, les signes cliniques sont très proches d’autres maladies qui peuvent nous faire très peur aussi."
Justement, à quelle maladie pourrait-on comparer la MHE ?
Damien Latapie. "Il y a deux maladies qui sont très proches en termes de symptômes, la fièvre catarrhale ovine (FC0) qu’on connaît depuis plus de vingt ans en France et la maladie qui fait peur à tous les éleveurs : la fièvre aphteuse."
Damien Latapie, vous qui avez été directement touché par la maladie, pouvez-vous nous en dire plus sur les symptômes ?
“Oui j’ai été avéré premier cas officiel du département, les premiers signes cliniques ont eu lieu le 25 septembre, avec une confirmation 10 jours plus tard environ le 5 octobre. C’était sur un taureau en pleine forme qui avait 3 ans et nous n’avons pas réussi à le guérir. Au sujet des symptômes il y en a toutes les semaines des différents. Le recul qu’on a depuis un mois, c’est qu’il y a les symptômes des animaux qui ont une démarche gênée par la maladie, les bovins marchent comme sur des œufs, ce symptômes-là a du mal à passer. On observe aussi des animaux qui ont des muqueuses foncé violette, qui mouche et quand on leur ouvre la bouche on voit plein de nécroses au niveau des gencives. Après les derniers symptômes que l'on observe c’est de grosses conjonctivites avec des yeux très gonflés, les yeux sortent presque de la tête. Le symptôme le plus impressionnant c’est les lésions sur la langue où l’animal tire la langue et n’arrive plus à la rentrer, et il n'arrive plus à boire ou à manger.”
Est-ce-que la mortalité est importante ou elle reste assez faible sur les animaux contaminés ?
Damien Latapie.“C’est très aléatoire, cela dépend de la physiologie de l’animal. Les animaux ne meurent pas de la maladie mais des conséquences de la maladie que ce soit sur des langues nécrosés où les animaux décédent de faim ou de soif ou sur des avortements tardifs sur la gestation où les vaches n’arrivent pas à faire délivrance.”
Pour Bernard Malabirade, la taux de mortalité estimé à 1% par les autorités sanitaires, est clairement sous-estimé :
Comment vous soignez les animaux malades ?
Damien Latapie. "Il n'y a malheureusement pas de vaccin à ce jour contre la MHE. On doit du coup leur prodiguer des injections d'antibiotiques ou des anti-inflammatoires. Ce qui est important c’est que les animaux continuent à boire donc il se peut que certains soit intuber pour qu’ils puissent boire entre 40 et 50 litres d’eau ce qui leur permet de ne pas se déshydrater et que leurs systèmes rénaux fonctionnent pour absorber les médicaments."
Sans vaccin, ni aucun traitement, comment enrayer cette maladie ?
Damien Latapie. "Le mieux pour limiter la maladie se serait un grand froid, ce serait le plus sain et le plus naturel. Les Hautes-Pyrénées, touchés également de plein fouet par la maladie, nous disent que l’arrêt de l’activité de moustiques (vecteur de la maladie) à 700 m d’altitude s’arrête sous 3 semaines. Nous je doute que dans le Gers, avec les températures enregistrées actuellement, on est cet hiver l’arrêt de l’activité moustique, donc la maladie risque de continuer à progresser. On a des protocoles de désinsectisation qui ne sont pas parfait, mais qui diminue le nombre de moustiques. Il faut arriver à passer la première vague, pour que les années suivantes les animaux est des anticorps naturels pour combattre cette maladie."
Pour vous cette première vague sera donc la plus violente ?
Damien Latapie. "Oui tout à fait, les animaux ne connaissent pas pour l'heure cette maladie et n’ont donc pas les anticorps suffisant. »
Alors qu'une "véritable vague" de MHE s'abat dans les élevages, comment se porte moralement la fillière ?
Bernard Malabirade, président de la chambre d'Agriculture du Gers. "Cette MHE est un drame pour nos éleveurs et nos vaches. C'est une plaie supplémentaire pour notre agriculture, en particulier pour nos éleveurs de ruminants. Malheureusement, c'est une maladie que nous connaissons très peu, nous découvrons tous les jours un petit peu plus des différents symptômes, et des conséquences économiques sur nos élevages."
Vous parliez de conséquences économiques, quelles sont-elles ?
Bernard Malabirade. "Il y a des coûts à assumer pour les éleveurs de traitement qui sont important, ces frais se chiffrent à 100€ pour chaque bovin touché. Certains doivent également faire face à des pertes, comme c'est le cas dans un élevage à Bezues-Bajon, où un éleveur a perdu une vache et son veau, des suites de la maladie. On doit également faire face à des restrictions commerciales, avec une impossibilité d'exporter, alors que nous sommes en pleine saison d'exportation de nos jeunes veaux, notamment vers l'Italie, qui est le 1er pays importateurs de jeunes bovins français. La maladie étant là, les Italiens refusent que des animaux positifs rentrent sur le territoire. Chaque bovin exporté vers l'Italie doit faire l'objet d'un test PCR. Un test qui est onéreux, et qui ressort dans la grande majorité des cas positifs. Nous avons découvert qu'entre 50 et 90% de nos veaux mâles sortent positifs, et ne sont donc pas exportables. Face à cette situation, si rien ne change, la grande majorité de nos broutards, vont être bloqués pendant des semaines, voire des mois. Cela génère une forte inquiétude car nous ne seront pas quoi en faire. Nous n'avons pas la place dans les bâtiments pour garder ces jeunes veaux. Il faut donc absolument qu'on puisse faire partir nos broutards nés en 2023. A ces conséquences économiques, s'ajoute également des conséquences psychologiques pour nos éleveurs, avec une charge de travail accrue. Ils doivent surveiller plusieurs fois par jour leurs animaux, les soigner, et dans les cas les plus graves faire face à la mort. Le gouvernement doit aujourd'hui trouver un nouvel accord avec l'Italie. L'Italie doit accepter de recevoir des animaux quelque soit leur statut vis-à-vis de la maladie. Ce que nous savons c'est que les jeunes veaux ne sont pas sensible à la maladie. Il n'y a eu aucun cas clinique sur des jeunes broutards. Donc, l'Italie peut donc les recevoir. Si la situation n'est pas résolue dans moins de 3 semaines avec l'Italie, nous avançons vers des drames. Outre l'impact économique, il y a également des conséquences psychologiques. Cette maladie est un choc psychologiques que nous n'avions pas besoin. C'est pour cela que j'ai alerté le Préfet, les services de la MSA, à avoir la plus grande vigilance sur la situation psychologique de nos éleveurs, qui est très fortement fragilisée."
Outre l’Italie, vous faites face à d’autres restrictions commerciales ?
Damien Latapie. “L’Espagne et l’Italie ont récemment rouvert leurs marchés ce sont nos deux principales interlocuteurs sur le marché des bovins, en revanche le Maghreb n’a pas encore rouvert sont marché, la Belgique refuse pour le moment d’ouvrir son marché aussi.”
Vous avez invité le Préfet à se rendre sur une exploitation durement touchée par la maladie hier après-midi, que lui avez-vous demandé ?
Bernard Malabirade :
Cette maladie n’a pas de répercussions pour le consommateur ?
Damien Latapie. “Non la viande est consommable, elle n’est pas transmissible à l’homme et ni à d’autres animaux. La maladie MHE est seulement transmissible aux animaux ruminant (bovins, ovins, cervidés). Il n'y aucune inquiétude à avoir pour les consommateurs.
E.R