Un nouveau collectif est né dans le Gers, quelques jours après la fin du confinement. "Vivre sans pesticides 32" vient de se constituer notamment en réponse au projet de charte sur les Zones de Non Traitement (ZNT), définies par l'arrêté ministériel du 27 décembre 2019 et que la Chambre d'Agriculture du Gers va présenter à la préfète du Gers Catherine Séguin. Il prévoit, selon le collectif, la possibilité de les diminuer, voir de les réduire à zéro. Entretien avec Sylvie Colas, l'une des portes-paroles du mouvement.
Pourquoi avoir créé ce collectif? L'urgence?
Il y a eu beaucoup de débats avec le ministère de l'Agriculture autour des pesticides et des perturbateurs endocriniens. Pour calmer tout ça, un arrêté ministériel du 27 décembre 2019 a prévu de mettre des ZNT autour d'habitations pour dire aux citoyens de ne pas s'inquiéter. En soit, c'est une bonne chose, sauf que ca ne règle pas la question des pesticides. C'est une façon d'occulter le problème, ils sont dangereux pour les animaux que nous allons consommer, la biodiversité, la fertilité des sols. Cette solution du gouvernement pour calmer les esprits, de donner aux chambres d'agriculture des chartes pour déterminer des distances allant de 5 à 20 mètres, ça ne règle pas la problématique des pesticides. Nous, nous ne nous satisfaisons pas cette mesure, ils sont de connivence avec l'agrochimie. Ce n'est pas dans l’intérêt du citoyen mais plus pour développer l'agriculture intensive. Depuis l'an dernier, selon un étude, on enregistre en France une progression de 20% des pesticides alors qu'un plan prévoyait une réduction. Le Gers par ailleurs, est le 6 ème département qui consomme le plus de glyphosate dans l'Hexagone. Alors que nous avons 20% des surfaces en agriculture biologique dans le Gers. C'est une sonnette d'alarme que l'on tire. C'est la responsabilité du ministère, les agriculteurs ne sont pas à pointer du doigt dans cette histoire, ils sont consciencieux.
On a beaucoup parlé du monde d'après. Finalement là aussi, on revient à celui d'avant. C'était un fantasme?
Nous, on y croit. C'est la raison de cette manifestation aujourd'hui, on a de grosses difficultés a être souverain d'un point de vue alimentaire, on s'en est rendu compte pendant cette période. Cette agriculture industrielle est spécialisée que pour certaines productions. On ne produit même pas 50% de nos fruits et légumes en France. Ca peut paraître utopique. Mais face aux OGM on a réussi à les faire reculer en France. Il faut des gens qui s'engagent. Heureusement qu'il y a de l'agriculture bio qui revitalise la production.
Qu'allez vous dire à la préfète si elle accepte de vous recevoir?
On va lui dire que nous ne voulons pas de cette charte, qu'elle ne doit pas la signer. Les citoyens ne sont pas satisfaits, on veut travailler avec elle pour sortir l'agriculture de l'impasse des pesticides et soutenir l'agriculture biologique. Il faut mieux renseigner le citoyen, éviter l'agribashing parce que les paysans sont les plus vulnérables. Et faire tout ça dans le calme.
Un rassemblement/pique-nique dans le respect des règles sanitaires se tiendra devant la préfecture à 12h30.