Covid-19 : "On craint une deuxième vague psychiatrique"

Sur le volet sanitaire, la crise du covid-19 a épargné la structure hospitalière du CHS d'Auch avec trois cas recensés parmi le personnel soignant, zéro chez les patients. Sur le volet psychiatrique en revanche, la donne est différente. Selon Fabrice Lamarque de la CGT santé, la deuxième vague psychiatrique est à craindre. Entretien.
 
Quel premier bilan tirer de cette crise sanitaire à l'hôpital psychiatrique ? Vous craignez comme beaucoup une possible deuxième vague ?
 
Ce n'est pas la vague épidémique que nous craignons mais la vague psychiatrique, dénoncée par pleins de professionnels à l'échelle nationale dont des médecins. On a fermé nos services de consultations à l'extérieur pendant trois mois et ces mêmes services s'occupent de 4 000 patients sur l'année. Tous ces gens n'ont pas vu leur psychiatre, infirmier, psychologue pendant cette période.
 
Avec toutes les conséquences de l'isolement ?
 
Ce sont des laissés seuls, à part le téléphone ils n'ont rien. Et puis l'autre aspect, c'est les conséquences du covid-19 avec des difficultés financières, la solitude a aussi majoré les addictions favorisant la dépression même pour des personnes qui n'ont jamais été malades et puis bien évidemment, les violences intrafamiliales qui ont été très médiatisées.
 
 
Toute ce qui a manqué pendant cette crise, ce sont des moyens que vous réclamez depuis des années à travers des manifestations. Vous êtes en colère aujourd'hui ?
 
Il est grave que dans une démocratie on ne puisse pas être entendus quand on amène des arguments, nous avions dénoncé le manque de moyens, on nous a dit que c'était un problème d'organisation. Je ne peux que déplorer cet état de fait.
 
 
Le jour d'après qui fait tant fantasmer ressemble à celui d'avant ?
 
Il va falloir encore crier dans la rue alors qu'on pourrait très bien s'asseoir a une table. On va d'ailleurs organiser une journée le mardi 16 juin avec un rassemblement devant l'hôpital général. C'est malheureux, on pourrait remettre en question notre société avec toutes les injustices qu'elle crée mais on se rend compte qu'on nous demande de récupérer la production de richesses perdues au lieu de la redistribuer.