Basketball : la joueuse internationale Isabelle Yacoubou met un terme à sa carrière

La célèbre basketteuse du Tarbes Gespe Bigorre (TGB), Isabelle Yacoubou a décidé de mettre fin à sa carrière en février. Entretien. 

 Vous mettez fin à une carrière de 19 ans. Quelles ont été vos motivations ?

Je me suis blessée au ménisque alors, au début j’ai cru que c’était fini et après j’ai eu un peu d’espoir parce que j’ai fait de la rééducation suite aux conseils de mes médecins. J’ai bien fait puisqu’au bout de 6 semaines de préparation intensive, j’ai pu revenir et jouer au basket. Mais quand je me refais mal, c’est vrai qu’à ce moment-là je me pose plus trop la question parce que quand ton corps te dit stop, un corps que j’ai maltraité et malmené toute ma carrière, et bien quand il parle il faut l’écouter tout simplement. J’ai toujours eu le rêve et le grand souhait de décider de la fin. Là, la porte m’a été offerte donc je prends cette décision-là.

 

Quels ont été les faits marquants de votre carrière ? 

Avec Tarbes forcément il y a le titre en 2010. La saison 2009-2010, c’était celle de l’accomplissement parce qu’il y a un projet qui était avec moi en 2007 et avec François Gomez [Coach de l’équipe du TGB, ndlr] quand il est arrivé. Donc sur ma dernière saison, j’avais à cœur d'aller chercher cette victoire-là et c’est vrai que tout était réuni pour concrétiser. Ce titre, il était non seulement pour moi, mon premier titre en tant que professionnelle, mais aussi, le premier du club. Avec les J.O, Londres 2012, cette médaille d’argent qui, pour nous, a la saveur de l’or. On avait un groupe qui ne vivait pas forcément bien socialement parlant mais qui avait une seule envie, c’était de gagner. Donc on est allées chercher cette victoire-là dans la diversité, dans la dureté, dans la difficulté. 

 

Votre carrière de joueuse s’arrête, un projet d’entraineuse démarre. L’appréhendez-vous ? 

Appréhender non, après, je suis convaincue que c’est un autre métier que je vais devoir assimiler. Pour être joueuse, j’ai mis plusieurs années pour y arriver donc au début ce sera très difficile. Je ne suis pas prête, je suis comme un bébé, au début je vais y aller à quatre pattes, après je vais tâtonner et ensuite je vais apprendre à marcher avant de pouvoir courir. Donc je me donne le temps en tout cas de m’initier à ce métier et c’est ce qui est formidable ici. Je sais que j’ai un dynamiteur comme François Gomez qui va accélérer cette formation. Mais le but c’est de découvrir un nouveau travail et ça ne se fait pas du jour au lendemain. Et être entraineure, ce n’est pas être joueuse donc j’ai conscience que ça ne va pas être facilité par le fait que j’ai été une basketteuse. Même si la connaissance de mon milieu me donne un sacré avantage par rapport à d’autres personnes, ça ne va pas tout faire. 

 

La fin de saison se profile, quel regard portez-vous sur la première partie de saison du TGB et sur la suite ?   

Les filles sont en train de faire un travail extraordinaire. Je sais que les gens ne le voient pas de dehors mais François aime bien dire qu’on a un groupe espoir qui joue en professionnel et il n’a pas tort. Les personnes ne se rendent pas compte que pour arriver à ce niveau-là professionnel, il faut plusieurs années d’entraînement. On a des jeunes qui sortent de formation, qui sont prêtes à jouer et qui grandissent. L’exploit déjà de pouvoir faire les play-offs, je pense que c’était un objectif qu’on s’était fixé évidemment. Mais sans moi, ça reste toujours une cible pour l’équipe. Ces filles-là sont très ambitieuses et moi c’est ce que je leur ai toujours dit. Il faut rêver gros, c’est la seule chose qui ne se paye pas, qui ne s’achète pas et il ne faut pas s’en priver. Elles songent beaucoup et je sais que la saison est encore longue mais elle est bien partie pour cocher tous les objectifs qu’on s’était fixés. Là nous allons jouer une demi-finale de coupe de France, même diminuées, je sais qu’elles seront à fond, qu’elles vont tout donner et qu’à la fin il n’y aura pas de regrets. 

 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes filles qui souhaitent devenir joueuses professionnelles et suivre vos pas ?       

Aujourd’hui il n’y a pas de secrets. C’est vrai qu’on parle beaucoup de talent, moi je préfère parler de passion parce que, pour faire du sport son métier, c’est ce qu’il faut. C’est-à-dire, accepter de souffrir là où les corps font mal. Je sais que souvent on dit que le sport de haut niveau, c’est bon pour la santé mais ça fait quand même beaucoup de dégâts. Donc il faut être prêt à ça et se dire qu’on va avoir mal dans notre corps, dans notre esprit. On est constamment jugées sur nos performances, sur notre habilité à performer et ça c’est quelque chose qui n’est pas évident. Mais quand on a la passion après, je pense qu’avec le travail on y arrive parce qu’il faut se donner les moyens de réussir dans la vie. Donc je leur dis « ayez une passion et quand ça l’est, travaillez dur et ne vous fixez pas de limites ».

 

Vous avez commencé à Tarbes et vous finissez votre carrière dans le même club. C'est votre deuxième maison ? 

C’est chez moi ici, je suis plus qu’attachée, c’est mes racines. Quand je quitte mon Bénin, c’est ici que je me suis redonnée vie donc oui, je me sens Pyrénéenne, Bigourdane et forcément que revenir à la maison pour finir, ça a quand même une saveur particulière. 

 

Comment jugez-vous le développement du basket féminin ?

On manque cruellement de fonds et le modèle économique du sport français doit changer pour permettre son développement. Il n’y en a pas sans investissement et ça on le sait très bien.

 

Les Jeux Olympiques approchent et vous êtes une des porteuses de la flamme. Comment avez-vous accueilli la nouvelle ?

C’est beaucoup de fierté, j’ai toujours défendu les couleurs du TGB et de mes Pyrénées partout où j’allais et c’est vrai qu’avoir cette reconnaissance-là aujourd’hui, ça fait plaisir. Il y avait pleins d’athlètes qui pouvaient prétendre à ce titre, des champions du monde, des champions olympiques et c’est moi qu’ils choisissent donc je vais tâcher de représenter fièrement le département.

 

Vous avez fait les Jeux Olympiques de Londres et de Rio, avez-vous des regrets de ne pas les faire cette année ?

J’ai bientôt 38 ans. Je n’ai aucun regret avec l’équipe de France. Je pense que comme ma vie, jusqu’à présent, j’ai tout donné je suis allée au maximum de mes capacités. J’ai accordé tout ce que j’avais à octroyer à ce moment-là. Il y en a qui ont dit peut-être qu’à un moment j’aurais pu revenir, je n’en sais rien. Je crois beaucoup que les choses que je mérite, m’arrivent. Donc si ça n’a pas eu lieu c’est qu’il y avait autre chose à réaliser et qu’aujourd’hui je pense qu’il y a d’autres jolies pages à écrire et d’autres combats à mener.    

Cylia Espiau

CP : Jérémy Imbert.