Un collectif d'associations, syndicats et partis politiques gersois appelle à la manifestation ce vendredi 18h devant la préfecture à Auch, pour protester contre le projet de loi asile-immigration, qui devrait durcir les conditions d'accès aux droits des étrangers en situation irrégulière. La loi, votée par le Parlement fin décembre, doit encore être validé par le Conseil Constitutionnel.
Le projet de loi relative à l'asile et à l'immigration (ou loi Darmanin), adopté par le parlement le 19 décembre dernier après passage en commission mixte paritaire, n'a pas encore fini son parcours. L'écueil législatif passé, reste encore à l'un des textes phares du second quinquennat Macron à franchir le gué que constitue le Conseil Constitutionnel, et surtout le torrent (sera-ce un fleuve ?) de la grogne populaire. Dans le Gers, onze associations, sept partis et quatre syndicats* réunis au sein de l'Union Gersoise pour le retrait de de la loi immigration, appellent à suivre le mouvement national face à ce qu'ils considèrent comme un « naufrage », un « déshonneur », une « souillure à effacer ». ; le prélude à « une France lepenisée ».
Le camp présidentiel a clairement fait connaître ses desseins à travers le projet de loi : continuer à ratisser à droite de l'échiquier politique en votant avec et sur les plates bandes des Républicains et du Rassemblement National, en n'hésitant pas à proposer dans l'outrance des mesures ouvertement inconstitutionnelles (instauration de quotas migratoires, (re)délictualisation du séjour irrégulier, limitation du droit du sol) qu'ils savent censurables par « les sages ». Pour déplacer la fenêtre du débat démocratique hors de portée d'une gauche de plus en plus inaudible ? C'est en tout cas contre cette tendance que l'Union Gersoise attend une mobilisation d'envergure vendredi soir devant la préfecture, à Auch.
Un rassemblement devant la préfecture pour « l'étranger livré à la vindicte de la préfecture ».
La temporalité peut interroger. Pourquoi maintenant, trois semaines après le passage du texte en CMP ? Pas pour mettre une quelconque pression aux membres du Conseil Constitutionnel, techniquement imperméables à l'appel de la rue, et dans lesquels les protestataires ne fondent de toute façon pas beaucoup d'espoirs. « La fenêtre de tir était faible » explique Stéphane Léger (SUD-Solidaires). Compliqué selon lui de lutter en période de fêtes, alors que le vote a eu lieu au Sénat et à l'Assemblée le 19 décembre. « Une unité ça se construit » ajoute Eric Cadoré (Parti Communiste), qui préfère l'action à la réaction.
Dans cette unité, les associations, principalement des groupes d'aide et de solidarité aux migrants, se focalisent sur le devenir immédiat des demandeurs d'asile et autres travailleurs sans-papiers, « l'étranger livré à la vindicte de la préfecture » pour Stéphane Polya-Somogyi (observatoire des extrême-droites 32). Agnès Méric (RESF 32 et Solidarité Pavie) s'interroge sur la notion de « respect des principes de la République ». « Un homme qui refuserait d'être ausculté par un médecin femme, il faut le comprendre c'est une autre culture, pourrait se voir privé de titre de séjour alors qu'il est là avec sa famille depuis plusieurs années. Un jeune de 16 ou 17 ans, dans une période difficile, qui cracherait sur le drapeau français, ne pourrait plus obtenir la nationalité française à ses 18 ans ».
Une dérive liberticide qui n'épargnera pas « les Français bien blancs » ?
Le conditionnement général des allocations risque, selon Stéphane Marsol (Les Francas), de « mettre des enfants dans la rue », une situation redoutée par le principal syndicat scolaire (FSU), comme les éventuels refus de soins aux nouveaux arrivants inquiète le milieu de la santé : « une absurdité sanitaire », clame Marie-Eve Calves. La représentante du Nouveau Parti Anticapitaliste 32 voit aussi plus loin, pour les « Français bien blancs » qui se verront opposer « une sous-classe de travailleurs » faisant pression sur le marché du travail pour « que les syndicats la ferment ».
Plus qu'un « crachat » aux valeurs de la République – « les valeurs de la république bananière de Macron et ses Tonton Macoute de la Brav-M » ironise Stéphane Léger – les différentes parties prenantes redoutent la mise en place d'outils légaux de plus en plus liberticides. Si le pouvoir d'appréciation au cas par cas des préfets devrait mettre un peu d'eau dans le vin de la nouvelle réglementation, ses détracteurs n'ont pas une confiance démesurée dans la potentielle mansuétude des représentants de l'Etat et comptent en premier lieu sur leur levier d'action : la protestation publique. A commencer par ce vendredi 18h, où les manifestants espèrent croiser quelques élus se rendant en préfecture pour recevoir les vœux du préfet du Gers, « pour discuter » précise Eric Cantarutti (CGT).
*Auch Solidarité Accueil Réfugié.e.s ; Accueil Solidarité Humanisme ; Hydragon ; Migrants Aujourd'hui, Gersois Demain ; Masseube Terre d'Accueil ; Solidarité Migrants en Lomagne ; Solidarité Migrant.e.s Portes de Gascogne ; Solidarité Pavie ; Les Francas ; Ligue des Droits de l'Homme ; Observatoire Départemental des Extrêmes Droites ; Réseau Education Sans Frontières 32 ; CGT ; FSU ; Solidaires ; UNSA ; Génération Ecologie – Gers ; Les Ecologistes ; LFI ; NPA ; PS ; PCF ; POI
V.M